La Côte d’Ivoire veut renforcer son dispositif de lutte contre l’exposition au plomb, avec l’élaboration annoncée d’une feuille de route nationale destinée à mieux protéger les enfants, particulièrement vulnérables aux effets de ce métal toxique. La démarche doit permettre de mieux coordonner les actions de prévention, de surveillance et de réduction des différentes sources d’exposition.
Le plomb constitue un enjeu de santé publique en raison de ses effets sur le développement neurologique. Chez les enfants, l’exposition peut entraîner des troubles cognitifs, comportementaux et des difficultés d’apprentissage. La Banque mondiale rappelle également que l’exposition au plomb peut avoir des répercussions durables sur le développement du cerveau et les capacités futures des personnes touchées.
En Côte d’Ivoire, la peinture figure parmi les sources déjà identifiées. Une évaluation présentée en 2023 par le Centre africain pour la santé environnementale (CASE) et le Lead Exposure Elimination Project (LEEP) indiquait que 95 % des 56 peintures analysées contenaient plus de 500 parties par million (ppm) de plomb, alors que la norme retenue par la CEDEAO et CODINORM fixe un maximum de 90 ppm. Les couleurs jaunes et rouges figuraient parmi les plus concernées.
La réglementation régionale s’est depuis renforcée. En décembre 2025, la Côte d’Ivoire avait lancé la vulgarisation du règlement technique adopté par la CEDEAO sur le plomb dans les peintures. Celui-ci fixe la teneur maximale autorisée à 90 ppm dans les peintures décoratives et industrielles et engage les États membres à empêcher la fabrication, l’importation, la distribution et la commercialisation des produits dépassant cette limite. La problématique dépasse toutefois les seules peintures. En effet, le plomb peut également être présent dans certains déchets, activités industrielles et minières, équipements ou produits de consommation. En mai 2026, le ministère ivoirien de l’Environnement avait alerté sur la présence de métaux lourds, dont le plomb, dans certains bassins hydrographiques affectés par l’orpaillage illégal.
La future feuille de route doit donc permettre d’aborder la question de manière plus globale, en rapprochant les interventions relevant de la santé, de l’environnement, de la réglementation des produits et du contrôle des activités susceptibles de générer une contamination. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu sera aussi d’améliorer les données disponibles sur l’exposition des populations afin de mieux cibler les mesures de prévention.
Les enfants devraient constituer une priorité de cette stratégie. Leur organisme en développement est particulièrement sensible aux métaux lourds et les effets neurologiques d’une exposition au plomb peuvent être irréversibles. À l’échelle mondiale, l’UNICEF considère le plomb comme une puissante neurotoxine susceptible d’affecter durablement les capacités cognitives et physiques des enfants.
Avec cette feuille de route, la Côte d’Ivoire cherche à passer d’actions ciblées, notamment sur les peintures, à une réponse nationale davantage coordonnée. L’enjeu sera désormais de traduire cette orientation en mesures de contrôle, de surveillance sanitaire, de réduction des sources de pollution et de sensibilisation des populations, particulièrement dans les environnements fréquentés par les enfants.
Anne Marie KOUADIO






