À Kokrokobango, la fête des ignames demeure bien plus qu’une célébration agricole. Elle constitue un moment de transmission des valeurs culturelles, de retrouvailles entre les générations et de renforcement des liens au sein de la communauté. La célébration permet aux plus jeunes de mieux connaître les rites, les pratiques et l’histoire qui accompagnent l’arrivée de la nouvelle igname.
Dans la tradition des communautés bron de l’Est ivoirien, cette fête marque une étape importante du calendrier culturel. Elle associe reconnaissance envers les ancêtres, purification, bénédictions et consommation symbolique de la nouvelle récolte. À Kokrokobango, la manifestation offre ainsi aux détenteurs de la tradition l’occasion d’expliquer aux jeunes la signification des différents rites et les valeurs qui leur sont associées. L’enjeu est de préserver des pratiques transmises de génération en génération dans un contexte où les transformations sociales et les nouveaux modes de vie peuvent progressivement éloigner les jeunes de certains repères culturels.
L’igname occupe une place centrale dans cette célébration. Au-delà de sa fonction alimentaire, le tubercule est associé au cycle agricole, à l’abondance et à la reconnaissance pour les récoltes. Sa consommation intervient traditionnellement après l’accomplissement de différents rites. Dans plusieurs communautés bron, les ignames destinées aux cérémonies font l’objet de préparatifs spécifiques avant les offrandes et les moments de partage.
La fête constitue également un cadre de retrouvailles pour les fils et filles du village, les familles et les autorités traditionnelles. Danses, échanges et repas communautaires contribuent à maintenir les relations entre les habitants et ceux installés en dehors de la localité. Cette dimension sociale explique la place accordée à la cohésion dans ces célébrations. Dans d’autres localités ivoiriennes, notamment à Nassian et Guiendé, les fêtes de l’igname ont également été présentées cette année comme des espaces de rapprochement des populations, de préservation des traditions et de promotion du vivre-ensemble.
À Kokrokobango, la célébration illustre ainsi le lien étroit entre agriculture, patrimoine culturel et cohésion sociale. À travers la nouvelle igname, la communauté entretient une mémoire collective et transmet aux nouvelles générations des pratiques qui participent à son identité.
Robert ADJOVI






