One Health : une seule réponse intégrant santé humaine, animale et environnementale

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Le concept, baptisé « One Health » (Une seule santé), n’est plus seulement une théorie scientifique réservée aux experts, mais un impératif de survie face à la multiplication des épidémies et à l’insécurité alimentaire croissante. Formalisée au début des années 2000, cette approche est née d’un constat alarmant : la dégradation de nos écosystèmes et l’émergence de maladies zoonotiques sont les deux faces d’une même pièce. Pourtant, malgré son importance vitale, le grand public peine encore à s’en saisir, et le concept reste trop souvent enfermé dans une vision purement globale ou déconnectée des réalités de terrain.

Si les moteurs des risques sanitaires, tels que le changement climatique, la perte de biodiversité ou le commerce mondial, opèrent à une échelle planétaire, l’émergence concrète des maladies se joue localement, dans des paysages et des communautés spécifiques. C’est là que le bât blesse : les décisions politiques et commerciales prises au sommet influencent directement les pratiques agricoles locales, lesquelles peuvent en retour fragiliser ou renforcer notre sécurité sanitaire commune. L’approche technocratique où l’on calcule simplement la rentabilité de la prévention face au coût d’une pandémie est « dépassée ». Une telle vision économique occulte les dimensions sociales et culturelles essentielles, comme le bien-être animal, l’équité d’accès aux soins et la protection réelle de la biodiversité.

Le véritable danger réside aujourd’hui dans les systèmes de production alimentaire intensifs. L’élevage et l’aquaculture industriels favorisent une utilisation incontrôlée d’antimicrobiens et facilitent la transmission de pathogènes des animaux vers l’homme. En parallèle, l’usage massif de pesticides détruit nos sols et nos pollinisateurs, tout en créant des agents pathogènes de plus en plus résistants. Face à ce péril, des chercheurs proposent de repenser nos défis à travers un « Nexus de Coexistence », un cadre qui identifie les points de convergence entre notre alimentation, la préservation du vivant et notre santé globale. Les zones de vulnérabilité où éclatent les crises ne sont pas une fatalité ; elles sont le résultat direct de l’expansion agricole incontrôlée et de défaillances de gouvernance.

La solution exige un double mouvement : sur le terrain, il est urgent de valoriser les savoirs autochtones et d’accélérer une transition agroécologique qui protège les plus vulnérables ; au niveau mondial, il faut institutionnaliser cette approche multisectorielle pour que la santé ne soit plus traitée en silos. En fin de compte, « One Health » rappelle une vérité simple mais fondamentale : la santé humaine est dépendante du monde qui l’entoure. Protéger la nature et les animaux n’est pas un luxe écologique, c’est l’unique assurance vie de l’humanité.

Robert ADJOVI

Source : IRD, leMag’

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