Guinée : l’éboulement meurtrier de Dar-es-Salam relance l’urgence d’une gestion durable des déchets à Conakry

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La décharge de Dar-es-Salam, l’un des principaux points noirs environnementaux de Conakry, a été frappée dans la nuit du 22 au 23 août 2026 par un éboulement meurtrier. Vers 2 heures du matin, après de fortes pluies, une importante masse de déchets s’est effondrée sur plusieurs habitations situées à proximité du site, dans la commune de Gbessia. Le premier bilan communiqué par le gouvernement faisait état de 30 morts et 22 blessés, dont six grièvement. Il s’est ensuite alourdi à 32 décès, après la découverte de deux nouveaux corps le 24 août. Cinq autres blessés ont également été évacués, portant à 27 le nombre de personnes prises en charge, selon les informations relayées à partir de l’Agence guinéenne de presse. Les recherches se poursuivaient encore, rendant le bilan susceptible d’évoluer.

Face à l’urgence, les autorités ont mobilisé les services de secours, la Croix-Rouge, les forces de défense et de sécurité ainsi que les équipes médicales. Le Premier ministre Amadou Oury Bah s’est rendu sur les lieux. Parallèlement, environ 358 personnes issues de 72 ménages ont été évacuées et temporairement installées à l’école Dixinn Centre 1, où 21 salles de classe ont été aménagées pour les accueillir. Des entreprises ont également apporté leur soutien. Conakry Terminal et Africa Global Logistics (AGL) ont mis à disposition des vivres de première nécessité, en coordination avec l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires.

Le drame est d’autant plus marquant que la fermeture de cette décharge saturée était déjà engagée. Quelques jours auparavant, les autorités avaient annoncé le démarrage prochain des opérations de libération et de sécurisation du site, en soulignant explicitement les risques d’éboulement, de glissement et de pollution pour les populations riveraines. Selon Associated Press, la fermeture du site devait précisément commencer le 23 août, jour de la catastrophe.

Au-delà de l’urgence humanitaire, Dar-es-Salam pose depuis plusieurs années la question de la gestion des déchets du Grand Conakry. La décharge à ciel ouvert couvre environ 30 hectares. En juin 2026, le ministre chargé de l’Assainissement, Aboubacar Camara, avait annoncé sa fermeture et sa reconversion. Le projet envisagé prévoit de traiter les déchets accumulés, de valoriser une partie de leur potentiel énergétique et de transformer à terme le site en espace vert. Le ministre avait indiqué que des ingénieurs chinois travaillaient sur une option visant à valoriser les déchets en électricité. La transition doit s’appuyer sur le futur Centre d’enfouissement technique de Baritodé, dans la préfecture de Coyah. Soutenu par le gouvernement guinéen, l’Union européenne et l’Agence française de développement, ce projet bénéficie d’un financement de 70 millions d’euros et doit contribuer à moderniser la gestion des plus de 2 000 tonnes de déchets produits quotidiennement dans le Grand Conakry.

Cet éboulement donne ainsi une dimension humaine dramatique à un problème jusque-là principalement abordé sous l’angle de l’assainissement. Pour Conakry, il devient urgent de construire rapidement une chaîne de collecte, de transfert, de traitement et de valorisation des déchets capable d’éviter qu’un tel risque ne se reproduise.

Anne Marie KOUADIO

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