De l’or au textile : comment le Livre Blanc 2040 de l’UEMOA veut révolutionner l’économie ouest-africaine

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Et si l’Afrique de l’Ouest cessait enfin d’exporter ses richesses pour importer la valeur ajoutée ? C’est autour de cette question stratégique que se sont retrouvés, à Bamako, les responsables maliens et les représentants de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Au centre des échanges : le Livre Blanc 2040, une vision ambitieuse destinée à accélérer l’industrialisation de l’espace communautaire et à repositionner les économies de l’Union sur les chaînes de valeur régionales et mondiales.

Pendant plusieurs jours, la capitale malienne a accueilli une série de rencontres de haut niveau entre le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, et le Commissaire de l’UEMOA chargé du Département du Développement de l’Entreprise, des Mines, de l’Énergie et de l’Économie Numérique, le Dr Paul Koffi Koffi. Les discussions ont porté sur les leviers capables de transformer durablement les économies ouest-africaines.

Transformer localement pour créer plus de richesse

Malgré l’abondance de leurs ressources naturelles, les pays de l’Union continuent de tirer une faible valeur économique de leurs matières premières. Or, pour l’UEMOA, l’avenir passe désormais par la transformation locale.

Le Livre Blanc 2040 propose ainsi une rupture avec un modèle économique longtemps fondé sur l’exportation de produits bruts. L’ambition est de développer des industries capables de transformer sur place les ressources agricoles, minières et énergétiques afin de créer davantage d’emplois, de revenus et de valeur ajoutée.

Pour le Mali, riche en or, en coton et en ressources agro-pastorales, cette orientation ouvre des perspectives importantes. Elle pourrait permettre l’émergence de véritables chaînes de valeur industrielles capables de soutenir la croissance, tout en réduisant la vulnérabilité du pays aux fluctuations des marchés internationaux.

6 000 milliards de FCFA pour bâtir la souveraineté agricole régionale

Au-delà de l’industrie, la transformation structurelle envisagée par l’UEMOA repose également sur l’agriculture. Un Livre Blanc agricole a ainsi été présenté aux autorités maliennes avec l’objectif de faire de l’agriculture un moteur de développement industriel et de sécurité alimentaire.

Le programme prévoit la mobilisation de 6 000 milliards de FCFA entre 2026 et 2040 autour de trois filières jugées stratégiques pour l’avenir de la région : le riz, le coton-textile et le phosphate destiné à la production d’engrais.

L’enjeu est de réduire la dépendance alimentaire de l’Union tout en créant des industries locales capables de transformer les productions agricoles en produits à forte valeur ajoutée. Pour les millions de producteurs de l’espace UEMOA, cette stratégie pourrait générer davantage de débouchés, de revenus et d’emplois.

Le défi de la transformation structurelle

Si les ambitions sont élevées, leur concrétisation nécessitera d’importants investissements dans l’énergie, les infrastructures logistiques, la formation de la main-d’œuvre et l’accès au financement. La compétitivité des entreprises locales dépendra également de la capacité des États à améliorer l’environnement des affaires et à attirer les investisseurs.

Dans cette dynamique, des institutions régionales telles que la BOAD apparaissent comme des partenaires essentiels pour accompagner les projets structurants et soutenir l’émergence d’un tissu industriel robuste.

À Bamako, le message porté par le Livre Blanc 2040 est que l’heure n’est plus à l’exportation des matières premières brutes, mais à la création de richesse sur le continent. Pour le Mali comme pour l’ensemble de l’UEMOA, le défi consiste désormais à transformer cette vision en réalités économiques capables de générer croissance, emplois et prospérité durable pour les populations.

Alpha BARRO

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