Le rapport des Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025-2034 annonce un futur fascinant pour nos systèmes alimentaires. Entre enjeux climatiques, révolutions technologiques et changements de régimes, voici ce qu’il faut retenir de la décennie à venir.
1. La grande bascule vers les protéines animales en Asie et en Afrique
Alors que la consommation mondiale devrait bondir de 13 % d’ici 2034, le moteur de cette croissance change de camp. L’élévation du niveau de vie, surtout dans les pays à revenu intermédiaire, va doper l’apport en calories issues de la viande, du poisson et des produits laitiers de 6 %. En revanche, dans les pays à revenu élevé, la demande sature ou stagne, les consommateurs se tournant de plus en plus vers la volaille ou des préoccupations de santé et d’environnement.
2. Produire plus, mais plus intelligemment
La production mondiale devrait progresser de 14 % au cours des dix prochaines années. La bonne nouvelle est que 80 % de cette croissance viendra de l’amélioration des rendements et de la productivité, plutôt que d’une extension des terres cultivées. C’est en Inde et en Chine que l’on attend le plus de dynamisme, avec une place prédominante pour la volaille, qui représentera 62 % de la viande supplémentaire produite mondialement d’ici 2034.
3. Le dilemme climatique : produire plus sans polluer davantage
C’est le défi de la décennie : bien que l’intensité carbone de la production diminue grâce aux gains de productivité, les émissions directes de gaz à effet de serre (GES) de l’agriculture vont tout de même augmenter de 6 %. Cependant, les experts de la FAO et de l’OCDE ont un plan : une hausse de 15 % de la productivité couplée à une adoption massive de technologies de réduction des émissions pourrait permettre d’éradiquer la faim tout en réduisant les émissions de GES de 7 %.
4. Prix : des aliments moins chers en « valeur réelle »
Si les prix que vous voyez en magasin (nominaux) risquent d’augmenter avec l’inflation, les prix des produits agricoles en termes réels devraient baisser à moyen terme grâce aux gains d’efficience globale. Attention toutefois à la volatilité : les tensions géopolitiques actuelles au Proche-Orient et l’envolée des coûts de l’énergie et des engrais provoquent déjà des secousses. En mars 2026, l’indice FAO des prix alimentaires a ainsi enregistré sa deuxième hausse mensuelle consécutive.
5. Mondialisation : votre dîner va continuer de voyager
Ne vous attendez pas à manger 100 % local de sitôt. D’ici 2034, 22 % des calories consommées dans le monde auront franchi une frontière. Les échanges internationaux restent indispensables pour équilibrer les surplus des régions exportatrices comme l’Amérique latine et les besoins croissants de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie. La coopération multilatérale et un système commercial fondé sur des règles sont donc plus que jamais le ciment de notre sécurité alimentaire.
Alpha BARRO






