Togo/Filière karité : de « l’or des femmes » à une industrie structurée

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De Nuremberg à Lomé, le Togo déploie une stratégie offensive pour transformer son agriculture. En misant sur la structuration de la filière karité et un cadre normatif rigoureux pour le bio, le pays ambitionne de devenir un hub incontournable de l’agroécologie en Afrique de l’Ouest.

En février 2026, le Togo a marqué les esprits lors du salon BIOFACH à Nuremberg, le plus grand rendez-vous mondial du secteur biologique. Déjà premier exportateur de soja bio vers l’Union européenne, le pays a profité de cette vitrine pour promouvoir son label « Made in Togo » et diversifier ses parts de marché avec des produits à forte valeur ajoutée comme le beurre de karité, les noix de cajou et le miel. Cette offensive s’inscrit dans une feuille de route gouvernementale qui fait de l’agriculture biologique un levier de richesse pour les populations rurales.

Le pays a franchi une étape décisive en validant, en février 2026, un nouveau cadre normatif national pour la production biologique. Ce référentiel, aligné sur les standards internationaux, définit des règles strictes sur les semences, les intrants et la certification. Le Togo vise à convertir 10 % de ses surfaces agricoles au bio d’ici 2030. Ce passage à l’échelle pourrait générer 100 000 emplois verts et augmenter les revenus ruraux de 30 %.

Le karité : de « l’or des femmes » à une industrie structurée

Septième producteur mondial avec une production annuelle oscillant entre 35 000 et 50 000 tonnes, le Togo veut désormais passer de l’exportation brute à la transformation locale. En avril 2026, un atelier national a réuni les acteurs de la chaîne de valeur pour renforcer la synergie entre producteurs, transformateurs et exportateurs. Pour soutenir cette ambition, l’État a mis en place une fiscalité incitative : depuis le 1er janvier 2026, une taxe à l’exportation sur les noix de karité brutes encourage la transformation sur place. En sus, des investissements massifs sont en cours, grâce à la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) qui a octroyé un prêt de 6 milliards FCFA à l’entreprise Label d’Or pour moderniser son usine et intégrer 33 000 femmes dans sa chaîne d’approvisionnement.

Le développement de cette filière est indissociable de la lutte contre le changement climatique. Le projet « Vers des communautés de karité résilientes », financé par la Banque africaine de développement, accompagne 7 500 productrices pour régénérer les parcs à karité et diversifier leurs revenus, notamment via l’apiculture.

Alors qu’en avril 2026, les prix de détail de la noix de karité au Togo fluctuent entre 3,66 $ et 7,32 $ le kilogramme, l’enjeu reste la compétitivité internationale. Avec la mise en place prochaine du Conseil interprofessionnel de la filière karité du Togo (CIFKAT), le pays se dote d’un organe de gouvernance capable de stabiliser le marché et de porter la voix du karité togolais « au-delà des frontières ».

Sami KAM/Agrodev.info

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