Amélioration génétique bovine : pourquoi le Brésil devient un partenaire stratégique pour l’Afrique

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Fort de plusieurs décennies de sélection bovine en milieu tropical, le Brésil renforce sa présence en Afrique à travers l’exportation de semences, d’embryons, d’animaux reproducteurs et de technologies de reproduction. Cette coopération peut contribuer à améliorer la production de viande et de lait sur le continent, à condition qu’elle soit intégrée à des programmes nationaux adaptés aux réalités locales et respectueux des races africaines.

Le Brésil occupe désormais une place dans les stratégies africaines d’amélioration génétique bovine. Son principal avantage réside dans son expérience de l’élevage tropical et dans la maîtrise de la sélection des bovins zébus, réputés pour leur capacité à supporter la chaleur et certaines contraintes environnementales. Selon des données rapportées en 2024 par l’Associated Press, environ 80 % du cheptel bovin brésilien appartient au groupe des zébus ou résulte de croisements impliquant ces animaux. Cette spécialisation distingue le Brésil des fournisseurs traditionnels de génétique bovine issus des régions tempérées. Alors que certaines races européennes sont principalement sélectionnées pour maximiser leur production dans des systèmes intensifs, les programmes brésiliens ont dû prendre en compte la chaleur, les pâturages tropicaux, les parasites et la variabilité des conditions de production. Cette expérience présente un intérêt évident pour de nombreux pays africains confrontés à des contraintes comparables.

Le rapprochement entre le Brésil et l’Afrique est déjà visible dans les échanges commerciaux. En mai 2025, le ministère brésilien de l’Agriculture et de l’Élevage a annoncé l’ouverture de nouveaux marchés au Bénin et au Sénégal pour les bovins vivants, les semences et les embryons bovins et bubalins. Des accords de coopération agricole ont également été conclus ou renforcés avec plusieurs pays africains, notamment le Bénin, l’Éthiopie, le Kenya, le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Le retour annoncé de l’Entreprise brésilienne de recherche agricole, Embrapa, sur le continent africain constitue un autre signal important. L’intérêt de cette coopération ne réside pas uniquement dans la commercialisation de matériel génétique. Il concerne aussi la recherche, la formation des techniciens, la gestion des programmes de sélection et le transfert de technologies adaptées aux zones tropicales.

Le Brésil dispose, en effet, d’une industrie de reproduction animale particulièrement développée. D’après l’Association brésilienne de l’insémination artificielle, le pays a produit 23,1 millions de doses de semence bovine en 2025. Les exportations ont dépassé 1,1 million de doses, en hausse de 33 %. L’insémination artificielle était pratiquée dans plus de 80 % des municipalités brésiliennes. Cette capacité industrielle permet au pays de proposer une large gamme de reproducteurs évalués sur des critères tels que la croissance, la fertilité, les qualités maternelles, la production laitière ou les caractéristiques des carcasses.

L’introduction de semences ou d’embryons ne produit pas automatiquement de meilleurs résultats

Certains pays africains manifestent leur intérêt pour cette expertise. En 2024, la Fédération nationale des coopératives d’éleveurs angolais a sollicité l’appui de l’Association brésilienne des éleveurs de zébus afin de faciliter l’importation de matériel génétique, d’animaux reproducteurs et d’équipements agricoles. Cette démarche illustre la volonté de plusieurs États d’améliorer leur productivité bovine grâce à des ressources génétiques adaptées aux climats chauds. L’apport brésilien pourrait être particulièrement pertinent dans les systèmes où les éleveurs cherchent à améliorer simultanément la production de lait, la croissance des animaux, la fertilité et la résistance aux stress climatiques. Mais l’introduction de semences ou d’embryons ne produit pas automatiquement de meilleurs résultats. Les performances d’un animal dépendent aussi de son alimentation, de son accès à l’eau, du suivi vétérinaire, de la qualité des pâturages et de la maîtrise des techniques de reproduction.

Les recherches récentes menées en Afrique confirment cette nécessité d’adaptation. Une étude publiée en 2024 dans la revue Frontiers in Genetics, consacrée aux programmes d’amélioration des bovins laitiers en Éthiopie, montre que l’utilisation de données génomiques peut accélérer fortement le progrès génétique. Les auteurs soulignent toutefois que l’efficacité de ces programmes dépend de l’identification des animaux, du contrôle des performances, de la fiabilité des pedigrees et de la participation des éleveurs. Une étude conduite au Kenya et publiée en 2023 dans la même revue indique également que certains caractères liés à la résilience des vaches laitières peuvent être sélectionnés. Elle montre notamment que la présence de gènes issus de bovins de type Bos indicus, auxquels appartiennent les zébus, peut contribuer à améliorer la capacité des animaux à maintenir leur production malgré les perturbations environnementales.

Ces résultats renforcent l’intérêt de la génétique tropicale brésilienne, mais ils invitent aussi à la prudence. Les animaux sélectionnés au Brésil ne doivent pas être diffusés uniformément dans tous les systèmes africains. Le Sahel pastoral, les hauts plateaux d’Afrique de l’Est, les zones humides d’Afrique centrale et les exploitations laitières périurbaines ne présentent ni les mêmes ressources ni les mêmes objectifs de production. La coopération avec le Brésil doit également préserver les races africaines. Celles-ci possèdent des qualités souvent insuffisamment valorisées : résistance à la chaleur, capacité à parcourir de longues distances, adaptation aux faibles ressources alimentaires, tolérance à certaines maladies et aptitude à survivre dans des environnements difficiles. Leur remplacement incontrôlé par des races extérieures pourrait entraîner une perte irréversible de diversité génétique.

L’avenir de l’amélioration génétique africaine passe autant par la valorisation des races locales

En septembre 2025, l’Institut international de recherche sur l’élevage a lancé un programme consacré à l’amélioration des races bovines indigènes dans plusieurs pays, dont le Bénin, le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Kenya et l’Afrique du Sud. L’initiative prévoit de mesurer les performances, la résistance à la chaleur, l’utilisation des ressources et les émissions de méthane. Elle confirme que l’avenir de l’amélioration génétique africaine passe autant par la valorisation des races locales que par l’introduction raisonnée de génétique extérieure.

Le Brésil se présente donc comme un partenaire stratégique, mais il ne doit pas devenir un simple fournisseur de semences, d’embryons et d’animaux reproducteurs. La coopération la plus durable serait celle qui permettrait aux pays africains de renforcer leurs centres de sélection, de former leurs spécialistes, de produire leurs propres données et de développer des programmes adaptés à leurs priorités alimentaires et économiques.

Le véritable enjeu n’est pas de reproduire le modèle brésilien en Afrique. Il est d’utiliser l’expérience du Brésil pour construire des systèmes africains d’amélioration génétique capables d’accroître durablement la production de viande et de lait, tout en préservant la rusticité et la diversité du patrimoine bovin du continent.

Par Anne Marie KOUADIO

Sources principales : ministère brésilien de l’Agriculture et de l’Élevage, 23 mai 2025 ; Association brésilienne de l’insémination artificielle, 9 avril 2026 ; Associated Press, 4 juin 2024 ; Association brésilienne des éleveurs de zébus, 14 mai 2024 ; Frontiers in Genetics, 15 décembre 2023 et 16 mai 2024 ; International Livestock Research Institute, 10 septembre 2025.

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