Dans une Afrique où près de 600 millions de personnes vivent encore sans accès à l’électricité, la transition énergétique ne se résume pas à une question environnementale. Elle est avant tout une question de développement, d’industrialisation, d’emplois et de souveraineté. C’est cette conviction qui a animé les échanges de la 3ᵉ Conférence du Réseau international pour la transition énergétique en Afrique (INAET), tenue les 11 et 12 juin 2026 à Abidjan.
Pendant deux jours, la capitale économique ivoirienne est devenue le point de convergence des décideurs publics, institutions financières, chercheurs, industriels et experts venus réfléchir à l’un des plus grands défis du continent : comment fournir une énergie accessible à tous sans compromettre les engagements climatiques ?
Il est ressorti des discussions que l’Afrique ne peut pas emprunter les mêmes chemins que les économies déjà industrialisées. Sa transition énergétique doit être pensée à partir de ses propres réalités, marquées par une forte croissance démographique, des besoins massifs en infrastructures et une industrialisation encore inachevée. « La transition énergétique africaine doit être juste et adaptée aux réalités du continent », ont rappelé plusieurs intervenants, insistant sur la nécessité de placer l’accès à l’énergie au cœur des politiques de développement.
Cette vision a trouvé un écho particulier à Abidjan, où les débats ont mis en lumière l’urgence d’accélérer l’électrification des territoires, notamment ruraux. Car derrière les statistiques se cachent des millions de familles qui s’éclairent encore à la lampe, des entreprises contraintes de fonctionner au ralenti et des jeunes dont les perspectives économiques demeurent limitées par l’absence d’une énergie fiable.
Les participants ont également exploré les opportunités offertes par les bioénergies, les marchés carbone, la cuisson propre, l’agriculture durable et les nouvelles technologies énergétiques. Autant de pistes susceptibles de transformer les ressources africaines en moteurs de croissance économique.
L’un des moments marquants de cette troisième édition a été le lancement du Réseau africain des bioénergies, une initiative destinée à accompagner les pays du continent dans le développement de filières énergétiques fondées sur la valorisation durable de la biomasse agricole. Pour de nombreux experts, cette approche pourrait permettre à l’Afrique de répondre simultanément à plusieurs défis dont la production de l’énergie, le soutien des agriculteurs et la création d’emplois dans les zones rurales.
Toutefois, au-delà des innovations et des ambitions affichées, la question du financement est revenue avec insistance. Les infrastructures énergétiques nécessitent des investissements considérables, alors même que de nombreux pays africains disposent de marges budgétaires limitées. Les représentants des institutions financières internationales ont ainsi appelé à renforcer les partenariats public-privé, à améliorer les cadres réglementaires et à développer des mécanismes innovants capables d’attirer davantage de capitaux vers les projets énergétiques africains.
Pour les participants, il s’agit de créer les conditions d’une croissance durable capable de soutenir l’industrialisation, de renforcer la compétitivité des économies africaines et d’améliorer les conditions de vie des populations.
Anne Marie KOUADIO






