L’autre visage de la pollution climatique : quand le plastique agit comme un gaz à effet de serre

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Longtemps considérés comme une menace essentiellement sanitaire et environnementale, les microplastiques pourraient aussi contribuer au réchauffement climatique. Une étude publiée dans Nature Climate Change révèle que certaines particules plastiques présentes dans l’atmosphère absorbent fortement le rayonnement solaire, au point de produire un effet climatique comparable à une fraction importante de celui de la suie. Des travaux qui poussent désormais les scientifiques à intégrer la pollution plastique dans les futurs modèles climatiques.

Les microplastiques pourraient être considérés comme un nouveau facteur du réchauffement climatique. Selon cette étude récente, les particules plastiques en suspension dans l’air absorbent davantage la chaleur solaire qu’on ne le pensait jusqu’ici, contribuant ainsi au réchauffement de l’atmosphère.

Les chercheurs estiment que le forçage radiatif direct des microplastiques et nano-plastiques a atteint 0,039 watt par mètre carré à l’échelle mondiale. Une valeur qui représente environ 16 % de l’effet du noir de carbone, plus connu sous le nom de suie, l’un des polluants atmosphériques les plus réchauffant après les gaz à effet de serre.

Cette découverte marque un tournant dans la compréhension de l’impact climatique de la pollution plastique. Jusqu’à présent, les modèles climatiques considéraient généralement les microplastiques comme des particules peu absorbantes, donc relativement neutres face au rayonnement solaire. L’étude démontre au contraire que leur composition chimique, leur couleur et leur vieillissement dans l’atmosphère modifient fortement leur capacité à retenir la chaleur.

Les scientifiques ont observé les particules individuelles grâce à des techniques de spectroscopie électronique à haute résolution avant de combiner ces analyses avec des simulations climatiques et des modèles de transport atmosphérique. Les résultats montrent que les particules noires et colorées absorbent beaucoup plus de lumière que les plastiques transparents ou blancs. Certaines particules foncées présentent même une capacité d’absorption près de 75 fois supérieure à celle des plastiques incolores.

Les nanoplastiques, invisibles à l’œil nu, semblent particulièrement préoccupants. Plus petits et plus légers, ils restent plus longtemps suspendus dans l’atmosphère, augmentant ainsi leur interaction avec le rayonnement solaire. Les chercheurs estiment qu’ils contribuent davantage au réchauffement que les microplastiques plus grands.

Les simulations révèlent également que les concentrations les plus importantes se situent au-dessus des grandes zones océaniques où s’accumulent les déchets plastiques, notamment dans le Pacifique Nord subtropical. Dans certaines régions maritimes, l’effet radiatif des microplastiques dépasserait même celui du noir de carbone local.

Malgré ces limites, cette étude élargit considérablement la question climatique liée au plastique. Le dioxyde de carbone et le méthane demeurent les principaux moteurs du réchauffement mondial, mais les microplastiques pourraient désormais être considérés comme un paramètre supplémentaire aggravant les déséquilibres climatiques.

Ces travaux rappellent surtout que la pollution plastique ne se limite plus à une crise environnementale visible sur les plages ou dans les mers. Elle devient aussi une question climatique globale, capable d’agir silencieusement dans l’atmosphère et de renforcer, même modestement, le réchauffement de la planète.

Ahoua KIENDREBEOGO

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