Côte d’Ivoire/Radioscopie de l’agriculture : les enseignements majeurs de l’enquête nationale 2024-2025

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Le secteur agricole ivoirien a livré ses derniers secrets à travers la publication, en janvier 2026, du rapport d’analyse de l’Enquête Agricole Annuelle 2024-2025. Ce document, fruit d’une collaboration entre le gouvernement ivoirien, la Banque Mondiale et la FAO, confirme que l’agriculture demeure le moteur de la croissance économique du pays en représentant 15,09 % du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2024.

Véritable pourvoyeur d’emplois, le secteur occupe près de 60 % de la population active nationale. L’enquête a dénombré plus de 1,7 million de ménages agricoles, dont la taille moyenne s’établit à 5,4 personnes. Le profil démographique de ce monde rural frappe par sa jeunesse, puisque plus d’un tiers de la population agricole a moins de 14 ans, constituant un vivier de main-d’œuvre considérable pour les décennies à venir. Cependant, le capital humain fait face à un défi éducatif. En effet, près de la moitié de la population agricole ne possède aucun niveau d’instruction, un frein potentiel à l’adoption des innovations technologiques nécessaires à une agriculture moderne. L’analyse de la gouvernance familiale montre également une évolution lente mais réelle, avec 17,5 % des ménages agricoles désormais dirigés par des femmes, même si ces dernières disposent de parcelles nettement plus petites que leurs homologues masculins, avec une moyenne de 2,1 hectares contre 3,7 hectares pour les hommes.

L’accès à la terre reste un sujet central, marqué par une forte prédominance du mode de faire-valoir direct, où 87,5 % des champs appartiennent aux ménages qui les exploitent. Le canal principal de transmission de ces terres demeure l’héritage, cité dans 68,4 % des cas d’acquisition. Paradoxalement, malgré cette stabilité foncière, la modernisation technique peine à s’imposer sur le terrain, comme l’illustre le taux extrêmement faible d’irrigation : seulement 3 % des parcelles sont équipées d’infrastructures d’irrigation, laissant l’immense majorité des producteurs dépendante des aléas de la pluviométrie.

Sur le plan des cultures, la Côte d’Ivoire confirme sa double vocation de grenier vivrier et de géant de l’exportation. La production de manioc domine le secteur vivrier avec plus de 7,3 millions de tonnes, suivie de près par l’igname qui frôle les 7 millions de tonnes. Parallèlement, le cacao réaffirme sa position de pilier de l’économie de rente avec une production nationale de plus de 1,6 million de tonnes, aux côtés du palmier à huile et de l’hévéa qui complètent ce trio de tête industriel.

L’élevage n’est pas en reste, pratiqué par près de 60 % des ménages, avec une filière avicole particulièrement dynamique comptant plus de 33 millions de têtes. Malgré ces volumes impressionnants, le rapport souligne que la transformation locale reste encore marginale pour la plupart des spéculations, la vente brute demeurant la destination prioritaire des récoltes. Ce panorama complet dessine une agriculture en transition, entre tradition foncière et nécessité de modernisation des intrants et des équipements pour garantir la sécurité alimentaire future du pays.

Anne Marie KOUADIO

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