Alors que le dernier Indice de la faim dans le monde (GHI) place une nouvelle fois le Libéria parmi les nations les plus vulnérables avec un score de 30, qualifié de « grave », Monrovia lance une offensive diplomatique et agricole pour transformer ses terres en un véritable grenier à riz. Selon les statistiques, un Libérien sur trois souffre de sous-nutrition et le pays dépend désormais des marchés étrangers pour plus de 70 % de ses besoins en riz, les importations ayant plus que doublé entre 2019 et 2023.
Pour briser ce cycle de dépendance et protéger sa population des chocs de prix mondiaux, le gouvernement du président Joseph Boakai a choisi de s’inspirer d’une réussite continentale ; celle de l’État de Jigawa au Nigeria. Sous l’invitation du vice-président Jeremiah Kpan Koung, le gouverneur de Jigawa, Umar Namadi, a conduit une délégation de haut niveau à Monrovia pour sceller un partenariat stratégique visant à répliquer le « modèle de Jigawa » au Libéria. Cet État nigérian est devenu un leader de la production rizicole grâce à une politique volontariste axée sur la mécanisation, les systèmes d’irrigation permettant de cultiver toute l’année et un soutien structuré aux petits exploitants.
L’enjeu de cette collaboration Sud-Sud est avant tout technique et productif. Les rendements libériens stagnent autour de 1,1 tonne par hectare, les méthodes appliquées à Jigawa permettent d’atteindre 1,67 tonne, avec une production de riz paddy en croissance constante. Le ministre libérien de l’Agriculture, Alexander Nuetah, souligne que cette alliance ne se limite pas à la théorie mais cible des domaines critiques tels que le transfert de technologies, la création de coentreprises pour la transformation du riz et l’aménagement des terres à grande échelle.
Des démonstrations pratiques ont déjà été planifiées, notamment dans le comté de Lofa, pour présenter aux agriculteurs locaux des variétés de semences améliorées et des techniques de gestion de l’eau plus efficaces. Cette dynamique nationale est renforcée par le lancement du programme REWARD de la Banque Africaine de Développement, un projet de 8,5 millions de dollars qui vise à renforcer la résilience climatique de la filière riz dans 14 pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Libéria.
Au-delà des chiffres, le riz reste au Libéria une denrée hautement politique et un pilier de la survie quotidienne, représentant près de la moitié de l’apport calorique des adultes. En s’engageant sur la voie de la « souveraineté rizicole », le gouvernement espère non seulement stabiliser les prix alimentaires et créer des milliers d’emplois ruraux.
Anne Marie KOUADIO






