Le Togo veut faire des agricultrices les véritables moteurs de la transformation de son agriculture. En lançant, en juin, à Lomé, les activités de l’Année internationale des agricultrices, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de placer les femmes rurales au centre des politiques agricoles et de la lutte contre l’insécurité alimentaire. Placée sous le thème « Femmes autonomisées, actrices de la transformation des systèmes agroalimentaires », cette célébration, proclamée par les Nations Unies, dépasse le cadre symbolique. Elle ouvre une nouvelle étape dans la reconnaissance du rôle économique des femmes, qui assurent une part essentielle de la production agricole nationale.
Au Togo, près de 75 % de la population rurale est constituée de femmes. Elles interviennent tout au long de la chaîne de valeur, depuis les travaux champêtres jusqu’à la transformation et à la commercialisation des produits agricoles. Pourtant, elles continuent de faire face à de nombreux obstacles, notamment l’accès limité aux terres agricoles, aux financements, aux équipements modernes et aux innovations technologiques. Pour les autorités, lever ces contraintes constitue donc un impératif économique autant qu’un enjeu de justice sociale.
Présidant la cérémonie de lancement, ce 26 juin 2026, le Directeur de cabinet du ministère de l’Agriculture, Dindiogue Konlani, a rappelé que l’autonomisation des femmes rurales représente un levier incontournable pour accroître la production agricole, améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la résilience des communautés face aux changements climatiques. Le pays entend traduire cette ambition en actions concrètes. Parmi les mesures phares figure la réservation d’au moins 40 % des parcelles aménagées dans les Zones d’Aménagement Agricole Planifiées (ZAAP) aux femmes, un objectif déjà atteint, voire dépassé dans plusieurs localités.
Parallèlement, plusieurs programmes publics renforcent leur accès au financement et aux investissements agricoles. Le Programme de résilience des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest (FSRP), le Projet de transformation agroalimentaire du Togo (ProMIFA) ainsi que le mécanisme AGRISEF, porté par le Fonds national de la finance inclusive, accompagnent les coopératives féminines dans le développement de leurs activités et l’amélioration de leur productivité.
Au-delà des appuis financiers, les autorités misent également sur le renforcement des compétences. Des formations en entrepreneuriat, en éducation financière, en techniques de production et en gestion des exploitations agricoles seront déployées tout au long de l’année afin de renforcer l’autonomie économique des agricultrices. Cette dynamique a trouvé un nouvel élan avec la première édition du Forum national de l’Agricultrice togolaise (FoNAT), organisée les 30 juin et 1er juillet. Cette rencontre offre aux productrices une plateforme d’échanges avec les pouvoirs publics pour exprimer leurs besoins, partager leurs expériences et contribuer à l’élaboration des politiques agricoles.
Pour le représentant de la FAO au Togo, Dr Oyétoundé Djiwa, cette « Année internationale » doit marquer un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de reconnaître le rôle des femmes rurales, mais de leur donner les moyens de devenir les principales artisanes de la transformation des systèmes agroalimentaires.
À travers cette mobilisation nationale, le Togo affiche une conviction forte : investir dans les femmes rurales, c’est investir dans la productivité agricole, la sécurité alimentaire et le développement économique. En renforçant leur accès aux terres, au crédit, aux technologies et aux marchés, le pays entend bâtir une agriculture plus performante, plus résiliente et plus inclusive.
Robert ADJOVI






