Malgré des progrès observés à l’échelle mondiale dans la lutte contre la faim, les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) restent confrontés à un défi majeur : garantir à leurs populations une alimentation saine, diversifiée et financièrement accessible. Le Rapport 2026 sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde met en évidence une réalité préoccupante : l’Afrique est désormais le continent qui concentre le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim, une tendance qui interpelle directement les huit États membres de l’UEMOA.
Selon les cinq agences des Nations unies (FAO, FIDA, UNICEF, PAM et OMS), 309 millions d’Africains étaient touchés par la faim en 2025, contre 292 millions en Asie. Le continent affiche également la prévalence de sous-alimentation la plus élevée au monde, avec une personne sur cinq concernée. Les projections indiquent qu’en 2030, plus de la moitié des personnes souffrant de la faim dans le monde vivront en Afrique si les tendances actuelles persistent.
Pour les pays de l’UEMOA – Burkina Faso, Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo –, l’enjeu dépasse désormais la seule disponibilité alimentaire. Le rapport insiste sur la nécessité de rendre les aliments nutritifs économiquement accessibles. En 2025, 66,6 % des Africains ne pouvaient pas se permettre une alimentation saine, soit plus du double des niveaux observés en Asie et en Amérique latine. Le coût moyen mondial d’un régime alimentaire sain atteint désormais 4,28 dollars PPA [ndlr : Parité de Pouvoir d’Achat] par personne et par jour, un niveau difficilement soutenable pour de nombreux ménages ouest-africains confrontés à la hausse du coût de la vie et à la faiblesse des revenus.
Cette situation est particulièrement préoccupante dans un espace UEMOA où les économies restent fortement dépendantes de l’agriculture familiale et où les dépenses alimentaires représentent une part importante du budget des ménages.
Des investissements structurants pour transformer les systèmes alimentaires
Le rapport souligne que la réduction du coût d’une alimentation saine passe par une transformation profonde des systèmes agroalimentaires. Les agences onusiennes identifient plusieurs leviers d’action particulièrement pertinents pour les pays de l’UEMOA.
Il s’agit notamment d’accroître la productivité agricole, d’investir davantage dans la recherche et l’innovation, de développer l’irrigation, d’améliorer les infrastructures rurales, les routes, les chaînes du froid et les capacités de stockage afin de réduire les pertes post-récolte. Le renforcement des échanges commerciaux et de l’intégration régionale est également présenté comme un facteur essentiel pour améliorer la disponibilité des produits alimentaires et faire baisser les prix.
Les auteurs rappellent en effet que les activités de transformation, de transport, de logistique et de distribution représentent 70 à 75 % du coût final payé par les consommateurs, ce qui montre que les gains de compétitivité ne dépendent pas uniquement de la production agricole mais de l’ensemble de la chaîne de valeur.
Pour l’UEMOA, ces recommandations rejoignent les orientations déjà engagées en faveur du développement des chaînes de valeur régionales, de la libre circulation des produits agricoles et de la modernisation des infrastructures économiques. Le rapport met également en évidence l’importance des investissements ciblés dans les fruits, les légumes, les légumineuses et les productions animales, des filières indispensables pour améliorer la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires. Les politiques publiques devraient ainsi privilégier les investissements ayant le plus fort impact sur le coût des aliments nutritifs plutôt que les seules cultures de base.
Une urgence pour atteindre les objectifs de 2030
À cinq ans de l’échéance des Objectifs de développement durable, les agences des Nations unies estiment que l’Afrique ne pourra inverser durablement la tendance qu’en combinant investissements agricoles, réformes structurelles, amélioration des infrastructures, innovation technologique et protection des populations les plus vulnérables.
Pour les pays de l’UEMOA, où l’agriculture demeure un pilier de l’économie et de l’emploi, cette feuille de route apparaît comme une opportunité de renforcer la résilience des systèmes alimentaires, d’améliorer la nutrition des populations et de consolider la souveraineté alimentaire régionale. Le défi n’est plus seulement de produire davantage, mais de permettre à chaque ménage d’accéder durablement à une alimentation saine, diversifiée et abordable.
Alpha BARRO






