Sécheresses, sols dégradés et pluies extrêmes : les dessous des inondations sahéliennes

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Longtemps symbole de la sécheresse et du manque d’eau, le Sahel est aujourd’hui confronté à un phénomène en apparence contradictoire : des inondations de plus en plus fréquentes et dévastatrices. De Niamey à Ouagadougou, les pluies intenses provoquent des crues qui emportent habitations, infrastructures et cultures. Une récente étude scientifique apporte un éclairage inédit sur cette évolution et révèle que les racines du problème remontent aux grandes sécheresses qui ont frappé la région au siècle dernier.

S’appuyant sur plus de 65 années d’observations hydrologiques, les chercheurs montrent que les sécheresses des années 1970 à 1995 ont profondément modifié le fonctionnement des sols sahéliens. Sous l’effet de la raréfaction des pluies, de la disparition progressive du couvert végétal et de la pression humaine sur les ressources naturelles, les sols se sont progressivement dégradés et durcis.

Cette transformation a réduit leur capacité à absorber l’eau. Par conséquent, lorsqu’il pleut, une part croissante des précipitations ruisselle en surface au lieu de s’infiltrer dans le sol. Plus surprenant encore, ce phénomène a continué de s’amplifier même après le retour de conditions pluviométriques plus favorables.

Les chercheurs parlent désormais d’un véritable changement de régime hydrologique. Malgré le « reverdissement du Sahel » observé ces dernières décennies, les terres dégradées peinent à retrouver leur capacité d’infiltration d’origine. Une spirale s’est installée : moins l’eau pénètre dans les sols, moins la végétation peut se développer durablement, ce qui favorise davantage le ruissellement lors des pluies suivantes.

À cette fragilité héritée du passé s’ajoute aujourd’hui le changement climatique. Les épisodes pluvieux deviennent plus courts mais beaucoup plus intenses. Sur des sols déjà imperméabilisés, ces pluies extrêmes génèrent des volumes d’eau considérables qui convergent rapidement vers les bas-fonds, les cours d’eau et les zones urbaines.

Pour les populations sahéliennes, les conséquences sont multiples. Les inondations détruisent les habitations, dégradent les infrastructures routières et menacent les récoltes. Dans les zones rurales, l’érosion emporte chaque année une partie des terres fertiles, réduisant le potentiel agricole et aggravant la vulnérabilité des exploitations familiales.

Mais ce phénomène présente également certaines opportunités. L’augmentation du ruissellement favorise le remplissage des mares, des retenues d’eau et de certains réservoirs utilisés pour l’élevage, l’irrigation et l’approvisionnement en eau des communautés. Dans plusieurs régions, elle contribue également à la recharge des nappes phréatiques.

Face à cette nouvelle réalité, les experts plaident pour une adaptation rapide des politiques d’aménagement. La restauration des terres dégradées, le reboisement, les techniques de conservation des eaux et des sols ainsi que la construction d’ouvrages hydrauliques adaptés figurent parmi les solutions les plus prometteuses.

Comprendre cette relation entre les crises climatiques du passé et les catastrophes d’aujourd’hui est devenu essentiel pour bâtir un Sahel plus résilient. Car l’eau qui manque une année peut devenir, quelques décennies plus tard, la source des plus grandes menaces si les territoires ne sont pas préparés à l’accueillir.

Alpha BARRO

Source : lemag.ird

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