Face à l’insécurité, aux conflits fonciers et aux effets du changement climatique, les éleveurs pastoraux d’Afrique de l’Ouest développent des stratégies pour préserver leurs activités. Dans son numéro double 90-91, publié en octobre 2026, la revue Grain de sel d’Inter-réseaux Développement rural met en lumière plusieurs initiatives qui contribuent à sécuriser les espaces pastoraux, à améliorer la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs et à renforcer la résilience de ce secteur essentiel à la sécurité alimentaire et à l’économie régionale.
Intitulé « Pastoralisme, des solutions face aux défis », ce numéro spécial, publié à l’occasion de l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux 2026, analyse les mutations de l’élevage mobile et les réponses apportées par les acteurs de terrain.
La mobilité des troupeaux, indispensable à l’accès aux pâturages et aux points d’eau, est de plus en plus compromise par l’insécurité, l’extension des terres cultivées et les restrictions de circulation transfrontalière. Ces contraintes fragilisent les revenus des éleveurs et perturbent les circuits d’approvisionnement en bétail des marchés régionaux.
Au Burkina Faso, la concertation permet de sécuriser 19 300 hectares de zone pastorale
Dans la commune de Thiou, au Burkina Faso, une initiative de dialogue entre agriculteurs et éleveurs a permis de sécuriser 19 300 hectares destinés aux activités pastorales. Selon Nana Boukary, responsable technique de l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (Apess), cette avancée résulte de l’acceptation volontaire, par certains agriculteurs, de céder une partie de leurs terres pour l’aménagement d’une zone pastorale. Dans la commune de Bodadiougou, une charte foncière locale adoptée en 2020 vise également à encadrer l’utilisation des espaces pastoraux et à prévenir les conflits d’usage.
Au Bénin, des initiatives de délimitation des couloirs de transhumance et de concertation entre communautés contribuent à améliorer la gestion des ressources naturelles. Dans l’Atacora, la collecte d’informations sur les vols de bétail permet aussi aux organisations pastorales d’alerter les autorités.
Ces expériences montrent l’intérêt de mécanismes locaux de gouvernance associant les éleveurs, les agriculteurs et les collectivités territoriales.
Des complémentarités agricoles à mieux exploiter
Au-delà de la sécurisation foncière, la revue souligne le potentiel économique de l’intégration entre agriculture et élevage. Selon une estimation du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (Roppa), citée dans le dossier, plus de 80 % des agriculteurs ouest-africains pratiquent également l’élevage.
La valorisation des résidus agricoles pour l’alimentation du bétail et l’utilisation des déjections animales pour fertiliser les sols constituent des opportunités pour réduire certains coûts de production et améliorer la durabilité des exploitations.
Le développement des cultures fourragères, des infrastructures d’abreuvement et des services vétérinaires apparaît également comme un levier pour renforcer la productivité des troupeaux et limiter leur vulnérabilité aux aléas climatiques.
Le pastoralisme soutient de nombreuses activités économiques, notamment le commerce du bétail, la production laitière, le transport et la transformation des produits animaux. Pourtant, son développement reste freiné par les difficultés d’accès aux financements, l’insuffisance des infrastructures et les contraintes de commercialisation.
La structuration des marchés à bétail, l’amélioration des circuits de collecte et de transformation du lait local ainsi que le renforcement des services de santé animale figurent parmi les pistes identifiées pour accroître les revenus des acteurs.
À travers ces expériences, Grain de sel met en évidence la nécessité de dépasser la seule gestion des crises pastorales pour investir durablement dans la mobilité, les infrastructures et les chaînes de valeur de l’élevage.
Pour les pays ouest-africains, le défi consiste à transformer ces initiatives locales en politiques publiques et en investissements capables de sécuriser les activités pastorales, de renforcer les revenus des éleveurs et de soutenir l’approvisionnement des marchés en produits animaux.
Alpha BARRO
Source : Inter-réseaux Développement rural, Grain de sel, n° 90-91, octobre 2026, « Pastoralisme, des solutions face aux défis ». Consulter le dossier complet.






