Le manque de financement n’est pas le seul obstacle à l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement. Une partie importante des ressources déjà mobilisées n’est tout simplement pas dépensée. En Afrique subsaharienne, le taux moyen d’exécution des budgets consacrés au secteur de l’eau ne dépasse qu’environ 62 %, selon une analyse publiée le 20 août 2026 par le Groupe de la Banque mondiale.
Ce constat repose sur les données du rapport Funding a Water-Secure Future, couvrant la période 2009-2020. À l’échelle mondiale, le taux moyen d’exécution budgétaire dans le secteur de l’eau s’établissait à 72 %. Autrement dit, sur chaque dollar inscrit au budget, près de 28 cents n’étaient finalement pas dépensés. La situation est encore plus préoccupante en Afrique subsaharienne, où près de 38 % des crédits disponibles restent inexécutés. Pour la Banque mondiale, cette sous-utilisation s’explique moins par un manque de volonté politique que par des difficultés de planification et de mise en œuvre. Préparation tardive des projets, procédures de passation des marchés, acquisition des terrains, autorisations environnementales ou encore coordination insuffisante entre administrations peuvent retarder les travaux jusqu’à la fin de l’exercice budgétaire. Les crédits non consommés sont alors reversés au Trésor.
Le problème est particulièrement important pour les infrastructures hydrauliques, dont la conception et la réalisation nécessitent souvent plusieurs années. La Banque mondiale estime ainsi qu’une simple dotation budgétaire ne garantit pas la construction d’un forage, d’un réseau d’adduction ou d’une station de traitement. Les investissements doivent être préparés en amont et intégrés dans une programmation pluriannuelle couvrant notamment les études, le foncier, les marchés publics et l’exécution des travaux.
Les données analysées montrent d’ailleurs que les pays qui alignent leurs budgets annuels sur des stratégies sectorielles à moyen et long terme enregistrent de meilleurs taux d’exécution. La fiabilité du budget, la qualité de la programmation et la capacité des administrations à disposer d’un portefeuille de projets suffisamment préparés deviennent donc aussi importantes que la mobilisation de nouveaux financements.
L’enjeu est considérable. L’eau intervient directement dans la santé, l’agriculture, la production alimentaire, l’énergie et l’activité des entreprises. Selon la Banque mondiale, 1,7 milliard d’emplois dans le monde dépendent de l’eau, alors que les progrès restent insuffisants pour atteindre l’Objectif de développement durable n°6 sur l’accès universel à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030. Pour améliorer la situation, le Groupe de la Banque mondiale mise sur son initiative « Place à l’eau », qui encourage les pays à élaborer des pactes réunissant gouvernements, partenaires de développement et investisseurs autour d’un même programme de réformes et d’investissements. L’objectif est de faire en sorte que les ressources mobilisées ne restent pas seulement inscrites dans les budgets, mais se traduisent effectivement par des infrastructures et des services d’eau accessibles aux populations.
Face à la crise de l’eau, mobiliser davantage d’argent demeure indispensable, mais mieux planifier et exécuter les budgets existants constitue déjà un important gisement de financement. Pour l’Afrique subsaharienne, porter le taux d’exécution au-delà des 62 % actuels permettrait de transformer une plus grande part des ressources disponibles en ouvrages hydrauliques et en services concrets pour les populations.
Alpha BARRO






