Côte d’Ivoire : agriculture, agroforesterie et innovation au palmarès du Prix national d’Excellence 2026

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La Côte d’Ivoire a distingué plusieurs acteurs engagés dans la modernisation agricole, la transformation locale, la protection des ressources naturelles et la numérisation des services publics. Réunis le 3 août 2026 au Palais présidentiel d’Abidjan, les lauréats de la 13ᵉ édition du Prix national d’Excellence illustrent différentes réponses aux défis de productivité, de durabilité et de création de valeur. Au total, 80 lauréats ont été sélectionnés parmi 3 977 candidatures pour 87 prix mis en compétition. Le palmarès comprend 45 personnes physiques et 35 personnes morales, dont des entreprises, des administrations publiques, une collectivité territoriale et des organisations de développement communautaire. Chaque lauréat a reçu un trophée, un diplôme signé par le président de la République et une récompense de 10 millions de FCFA.

Dans le secteur agricole, Arouna Ouattara a été désigné meilleur producteur individuel de vivriers et de cultures émergentes. Installé à Séguéla, il exploite 138 hectares, dont 120 consacrés au maïs, 15,5 au riz et 3,5 à l’arachide. Son exploitation emploie 28 personnes et s’appuie sur des tracteurs, des semoirs, un GPS, un pluviomètre et des semences améliorées. Son rendement en maïs atteint six tonnes à l’hectare, contre une moyenne nationale de 1,1 tonne mentionnée dans la brochure officielle. Entre 2023 et 2025, sa production est passée de 390 à 738,6 tonnes.

Le modèle coopératif a été récompensé à travers la COOP-CA WAGAJAKA de Duékoué. Créée en 2014 avec 222 producteurs de café-cacao, elle rassemble aujourd’hui 4 000 membres et emploie 45 personnes. Certifiée Rainforest Alliance et Fairtrade, la coopérative a commercialisé 12 964 tonnes de cacao entre 2022 et 2024, dont 6 000 tonnes exportées. Son chiffre d’affaires a triplé pour atteindre 24,42 milliards de FCFA. Elle développe également l’hévéa et l’anacarde afin de réduire sa dépendance au cacao.

La transformation du manioc figure aussi parmi les initiatives distinguées. Power Green Ivory, entreprise créée en 2022 à Agboville, applique un modèle présenté comme « zéro déchet ». Elle transforme le manioc en farine panifiable, sirop de glucose, bioéthanol, liqueur artisanale et produits destinés aux secteurs médical et énergétique. Son procédé utilise notamment les effluents liquides issus de la transformation, habituellement considérés comme polluants, pour produire un combustible de cuisson renouvelable.

Dans le domaine de l’agroforesterie, Ambroise N’Koh a été récompensé pour son action en faveur des forêts, de la faune et des ressources en eau. À Azaguié, ce producteur de cacao a développé une plantation-école associant plus de 60 espèces végétales et environ 80 arbres par hectare. Ce système cherche à concilier production cacaoyère, restauration des sols, biodiversité et adaptation climatique. Il transforme également les résidus de cacao en charbon écologique, fertilisants organiques et biopesticides.

L’ONG Impactum a reçu le prix du meilleur acteur du reboisement. Selon la documentation officielle, elle a produit 3,5 millions de plants, dont 3,2 millions destinés à l’agroforesterie cacaoyère. Ses interventions ont contribué au reboisement de 260 hectares et à la préservation de 960 hectares de forêts communautaires dans 15 départements. L’organisation indique avoir formé 35 200 producteurs et versé environ 428,44 millions de FCFA à des communautés dans le cadre de mécanismes de paiement pour services environnementaux entre 2017 et 2026.

La protection des parcs nationaux a été mise en avant avec l’ONG Yacoli Village École Ouverte. Active autour des parcs de Taï, de la Comoé et du Banco, elle utilise des drones et le logiciel SMART pour le suivi écologique et la lutte contre le braconnage. En partenariat avec la coopération allemande, elle a restauré plus de 1 072 hectares, selon la brochure du Prix national d’Excellence.

L’innovation numérique appliquée aux ressources animales a également été reconnue. La Direction des services vétérinaires et du bien-être animal a été sacrée administration publique la plus innovante. Elle a développé une plateforme de collecte et de transmission en temps réel des données épidémiologiques, un outil de gestion dématérialisée des importations de médicaments vétérinaires et une cellule consacrée aux urgences de santé publique vétérinaire. Ces dispositifs ont été mobilisés contre la grippe aviaire, la peste porcine africaine et la maladie hémorragique virale du lapin.

SaH Analytics International, fondée par Yaya Sylla, a pour sa part été distinguée pour ses solutions reposant sur l’intelligence artificielle, le traitement des données et l’imagerie satellitaire. Sa plateforme Neomia est utilisée pour la surveillance des territoires et la lutte contre la pêche illégale dans le golfe de Guinée. L’entreprise présente ainsi un exemple d’utilisation des technologies spatiales dans la gestion des ressources naturelles et maritimes.

À travers ces récompenses, le Prix national d’Excellence met en lumière une agriculture ivoirienne qui ne se limite plus à la production de matières premières. Mécanisation, transformation du manioc, certification du cacao, agroforesterie, surveillance sanitaire et exploitation des données satellitaires dessinent des modèles encore différents par leur échelle, mais réunis autour d’un même enjeu : produire davantage de valeur tout en préservant les ressources nécessaires à la durabilité des filières.

Anne Marie KOUADIO

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