Le gouvernement camerounais a franchi une étape décisive dans sa quête d’autosuffisance alimentaire. Un accord commercial de 150 millions d’euros a été signé avec la société israélienne Ekobell pour transformer le Grand-Nord en un véritable bassin rizicole de haute performance.
C’est un contrat qui pourrait bien changer la donne sur les tables des ménages camerounais. Le 6 mars 2026, à Yaoundé, les autorités camerounaises et la société israélienne Ekobell ont officialisé un partenariat d’envergure ; en vue de développer 10 000 hectares de riziculture pluviale dans les régions septentrionales du pays.
Estimé à 150 millions d’euros (soit environ 98,4 milliards de FCFA), ce projet s’étalera sur une période de trois ans. Il prévoit la mise en place de trois agropoles de production et de transformation. Le programme se déploiera dans les localités de Sirdjam et Pola dans la région du Nord, ainsi qu’à Mbé dans l’Adamaoua. Ce choix s’appuie sur des études techniques préalables de la FAO, financées par la Banque africaine de développement (BAD), visant à optimiser les ressources en eau de ces régions.
Les ambitions chiffrées du projet Ekobell sont de taille. En effet, 46 700 tonnes de riz paddy, ce qui correspond à environ 31 289 tonnes de riz blanchi de qualité supérieure sont attendues. Ce volume représenterait à terme près de 18 % de la production nationale actuelle de riz de haute qualité. Le projet prévoit de mobiliser également, environ 8 000 producteurs et de générer de nombreux emplois indirects dans les secteurs de la logistique et de l’industrie.
Pour le Cameroun, ce partenariat est une réponse directe à une facture d’importation de plus en plus lourde. En 2024, le pays a dépensé 318,6 milliards de FCFA pour importer du riz, soit 6,4 % du total de ses importations.
Cette initiative s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement de la filière riz, qui vise un objectif ambitieux de 750 000 tonnes à l’horizon 2030, ce qui permettrait d’atteindre un taux d’autosuffisance de 97 %. Le gouvernement espère ainsi tripler la production nationale, passant de 140 710 tonnes en 2024 à 460 000 tonnes dès 2027.
Ekobell n’est pas un nouveau venu sur le continent. L’entreprise est déjà intervenue en Côte d’Ivoire, où elle a conclu un partenariat similaire de 152 millions d’euros pour le développement de la riziculture intensive dans la région du Haut-Sassandra. Reconnue pour son expertise dans les infrastructures hydroagricoles et la gestion de l’eau, la société israélienne apportera ses technologies de pointe pour maximiser les rendements dans des zones parfois soumises à des aléas climatiques.
Alors que la consommation nationale continue de croître sous la pression démographique, ce projet constitue, selon de nombreux observateurs, un espoir concret pour réduire la dépendance du Cameroun vis-à-vis des marchés asiatiques.
Robert ADJOVI






