Produire sans pesticides tout en préservant la viabilité économique des exploitations agricoles est possible, sous certaines conditions. C’est le principal enseignement de l’étude « Rés0Pest », coordonnée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), en collaboration avec l’École d’ingénieurs de Purpan et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Publiés en février 2026 dans la revue scientifique Plant Disease, les résultats de cette expérimentation menée sur dix ans ouvrent des perspectives pour la transition vers des systèmes agricoles moins dépendants des produits phytosanitaires.
Lancée en 2012 dans le cadre du programme français Ecophyto DEPHY EXPE, l’étude a porté sur neuf systèmes de culture répartis sur autant de sites expérimentaux en France. Parmi ces systèmes, cinq étaient consacrés aux grandes cultures et quatre associaient productions végétales et élevage. L’objectif était d’évaluer la possibilité de cultiver durablement sans pesticides, en mesurant les performances agronomiques et économiques des exploitations dans différents contextes climatiques et pédologiques.
Pour relever ce défi, les chercheurs ont privilégié une combinaison de pratiques agroécologiques, notamment la diversification des cultures, l’allongement des rotations culturales sur cinq à neuf ans, l’utilisation de semences saines et la préservation de la santé des sols. Ces techniques visaient à limiter naturellement la propagation des maladies, la prolifération des ravageurs et le développement des mauvaises herbes. Les systèmes expérimentés excluaient les pesticides, mais autorisaient le recours aux engrais de synthèse et au travail mécanique du sol, ce qui les distingue de l’agriculture biologique.
Au terme de dix années d’observation, les résultats confirment la faisabilité technique de cette approche. Les rendements se sont généralement révélés inférieurs à ceux des systèmes conventionnels utilisant des pesticides, mais ont parfois atteint, voire dépassé, les niveaux de référence. Les chercheurs ont également constaté que les dommages occasionnés par les maladies et les ravageurs n’avaient pas augmenté de manière significative au fil des années. La maîtrise des mauvaises herbes demeure toutefois l’une des principales difficultés, nécessitant parfois des interventions mécaniques supplémentaires, surtout le labour.
Sur le plan économique, l’étude fait également ressortir des résultats encourageants. En effet, l’analyse des performances de quatre systèmes de grandes cultures a permis d’estimer que les marges nettes obtenues pourraient générer, selon les situations, un revenu mensuel compris entre un et deux salaires minimums français (SMIC) dans 20 % des cas, entre deux et trois SMIC dans 45 % des cas et supérieur à trois SMIC dans 35 % des cas. Ces estimations montrent qu’une production sans pesticides peut être économiquement viable, même si sa rentabilité reste dépendante des conditions de production et de commercialisation.
Les scientifiques soulignent néanmoins que la suppression des pesticides ne saurait, à elle seule, garantir la réussite de la transition agroécologique. Celle-ci nécessite une transformation des systèmes de production, un accompagnement technique des agriculteurs, des débouchés commerciaux adaptés et une meilleure valorisation économique des récoltes. Le passage à grande échelle reste ainsi un défi, les résultats ayant été obtenus dans des conditions expérimentales spécifiques.
Au-delà de la France, ces travaux alimentent la réflexion sur l’avenir de l’agriculture durable et la réduction de la dépendance aux intrants chimiques. Ils apportent des références scientifiques susceptibles d’éclairer les stratégies de transition agroécologique, tout en soulignant la nécessité d’adapter les pratiques aux réalités locales.
Les recherches se poursuivent à travers le projet « 0phyto », lancé en 2025, qui s’appuie sur les acquis de Rés0Pest pour approfondir l’évaluation des performances agricoles, économiques, environnementales et sociales des systèmes de production sans pesticides. Une nouvelle étape dans la recherche de modèles agricoles conciliant productivité, rentabilité et préservation de l’environnement.
Sources :
- INRAE, 19 février 2026 : Une étude expérimentale menée sur 10 ans montre le potentiel de systèmes de production agricoles sans pesticides.
- Ortiz-Vallejo D., Cellier V., Deytieux V. et al., 2026 : Pesticide-free agriculture: is a third way possible besides organic and conventional agriculture?, revue Plant Disease. Consulter la référence scientifique.
- INRAE, réseau Rés0Pest : Présentation du dispositif expérimental et de ses objectifs.






