Le géant américain de l’agroalimentaire Mondelez International, propriétaire des marques Cadbury, Milka et Toblerone, est accusé par l’ONG Global Witness d’avoir intensifié ses actions de lobbying pour obtenir un assouplissement du règlement européen contre la déforestation (EUDR). Dans une enquête publiée le 8 septembre 2026, l’organisation affirme que le groupe a multiplié depuis 2025 les rencontres avec des responsables politiques européens et américains impliqués dans le débat sur cette réglementation.
Adopté en 2023, l’EUDR doit empêcher l’entrée sur le marché européen de produits associés à la déforestation. Le cacao figure parmi les matières premières concernées, aux côtés du café, de l’huile de palme, du soja, du bois et du caoutchouc. Pour commercialiser ces produits dans l’Union européenne, les entreprises devront démontrer leur traçabilité et s’assurer qu’ils ne proviennent pas de terres récemment déboisées. Après plusieurs reports, son application est attendue à partir du 1er janvier 2027 pour les grandes entreprises.
Selon Global Witness, Mondelez aurait adopté une stratégie de lobbying à l’échelle européenne, avec des rencontres régulières à Bruxelles depuis juillet 2025, mais aussi auprès de responsables en France, en Allemagne, en Irlande et au Luxembourg. L’ONG estime que l’entreprise a dépensé entre 1,2 et 1,5 million d’euros en lobbying auprès des institutions européennes depuis l’adoption de l’EUDR en 2023. Elle évoque également entre 570 000 et 680 000 euros dépensés en France et en Allemagne en 2025, sans toutefois pouvoir attribuer la totalité de ces sommes au seul dossier de la déforestation.
L’enquête cite une rencontre tenue en juin 2026 entre le directeur général de Mondelez, Dick Van de Put, et l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Andrew Puzder, présenté comme un opposant à l’EUDR. Global Witness relève également des échanges avec plusieurs eurodéputés ayant exprimé des réserves sur le dispositif. L’ONG reconnaît cependant que les comptes rendus de certaines de ces réunions ne sont pas publics et qu’il n’est donc pas toujours possible d’établir précisément ce qui y a été discuté.
Dans sa réponse à l’ONG, le groupe affirme soutenir « pleinement les objectifs » du règlement européen et rester engagé en faveur de chaînes d’approvisionnement sans déforestation. L’entreprise reconnaît dialoguer avec les décideurs publics, mais soutient que son objectif est de veiller à ce que la réglementation soit applicable efficacement sur le terrain.
Le différend intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’Afrique de l’Ouest, principale zone mondiale de production de cacao. Global Witness estime, à partir d’une étude scientifique qu’elle a analysée, que la culture du cacao aurait été associée à environ 2,2 millions d’hectares de déforestation entre 2000 et 2020 dans les grandes zones forestières d’Afrique de l’Ouest et du bassin du Congo. La Côte d’Ivoire et le Ghana figurent parmi les pays les plus concernés.
Robert ADJOVI






