Les poussières transportées depuis le Sahara jusqu’aux Alpes contribuent à accélérer la fonte des glaciers européens. En se déposant sur la neige, elles assombrissent sa surface, réduisent sa capacité à réfléchir le rayonnement solaire et augmentent ainsi l’énergie absorbée. Ce phénomène vient amplifier les effets du réchauffement climatique sur les masses glaciaires.
Selon un article publié le 11 août 2026 par IRD le Mag’, de nouveaux travaux montrent que les poussières sahariennes augmentent de 11 % la sensibilité actuelle des glaciers alpins à la hausse de la température de l’air. Les chercheurs sont parvenus à cette estimation grâce à des simulations couvrant plusieurs décennies et intégrant les interactions entre poussières, neige, glace et rayonnement solaire. Le mécanisme repose notamment sur l’albédo, c’est-à-dire la capacité d’une surface à réfléchir la lumière. Une neige claire renvoie une grande partie du rayonnement solaire. Lorsqu’elle est recouverte de particules minérales venues du Sahara, elle devient plus sombre, absorbe davantage d’énergie et fond plus rapidement.
Les travaux soulignent surtout que l’accélération observée ne résulte pas nécessairement d’une augmentation des quantités de poussières déposées. Avec le réchauffement, les surfaces assombries restent exposées plus longtemps au soleil. La disparition plus rapide de la neige peut également mettre à nu des couches plus anciennes et plus foncées, renforçant à leur tour l’absorption de l’énergie solaire.
Une précédente étude conduite sur le glacier d’Argentière, dans les Alpes françaises, avait déjà quantifié l’effet de ces particules. Entre 2019 et 2022, les poussières minérales ont représenté, selon les années, entre 8 % et 16 % de la fonte estivale de ce glacier. En 2022, leur contribution à la diminution annuelle de son bilan de masse a atteint 0,63 mètre équivalent eau. Ces résultats mettent ainsi en évidence une interaction entre des phénomènes provenant de régions très éloignées. Des particules minérales soulevées dans le Sahara peuvent traverser la Méditerranée, atteindre les Alpes et modifier le comportement de la neige et de la glace plusieurs milliers de kilomètres plus au nord.
Le réchauffement climatique demeure le principal moteur du recul des glaciers alpins, mais ces travaux montrent que les poussières sahariennes peuvent en amplifier les effets. Leur prise en compte apparaît donc importante pour améliorer les modèles destinés à anticiper l’évolution future des glaciers et des ressources en eau qui en dépendent.
Alpha BARRO






