La qualité de l’eau potable reste préoccupante en Libye. Des données issues de l’Enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS) 2024-2025 montrent que la bactérie Escherichia coli (E. coli)[1] a été détectée dans l’eau consommée par 46,4 % des membres des ménages étudiés, soit près d’une personne sur deux. Ces résultats ont été remis en lumière le 8 août 2026 par APAnews et The Libya Observer. Réalisée par le Bureau libyen des statistiques et du recensement avec l’appui technique de l’UNICEF, l’enquête MICS 2024-2025 a porté sur un échantillon national représentatif de 17 880 ménages, avec un taux de réponse de 99 %. Elle couvre les 22 régions administratives du pays et analyse notamment l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène.
Les résultats font apparaître une situation plus critique dans les zones rurales. La présence d’E. coli dans l’eau y atteint 53,5 %, contre 45,6 % en milieu urbain. Les disparités territoriales sont encore plus fortes : le taux atteint 91,9 % à Syrte, 85,1 % à Al-Jufra et 72,4 % à Al-Marqab, contre 11,9 % à Benghazi. La contamination ne semble pas uniquement liée à la source d’approvisionnement. Le rapport annuel 2025 de l’UNICEF en Libye indique que la contamination fécale est détectée dans 28 % de l’eau au niveau de la source, mais atteint 46,4 % au point d’utilisation dans les ménages. Cet écart suggère que le transport, le stockage ou la manipulation domestique peuvent également dégrader la qualité de l’eau avant sa consommation.
L’enquête révèle par ailleurs que seulement 38 % des membres des ménages disposent d’un service d’eau potable considéré comme géré en toute sécurité, c’est-à-dire provenant d’une source améliorée, disponible lorsque nécessaire, accessible sur place et exempte de contamination fécale. Même l’eau en bouteille n’échappe pas totalement au problème. E. coli a été détectée dans l’eau consommée par 32,8 % des personnes ayant recours à cette source. Les données disponibles ne permettent toutefois pas d’attribuer cette contamination aux unités d’embouteillage : elle peut aussi intervenir pendant le transport, le stockage ou la manipulation dans les foyers.
Ces résultats mettent en évidence un double défi pour la Libye : sécuriser les infrastructures d’approvisionnement en eau et améliorer les conditions de conservation jusqu’au point de consommation. La présence d’E. coli constitue en effet un indicateur de contamination fécale et souligne la nécessité de renforcer le contrôle de la qualité de l’eau, particulièrement dans les zones rurales et les régions affichant les niveaux de contamination les plus élevés.
Gilbert BAZIE
[1] Escherichia coli (E. coli) est une bactérie fréquente de l’intestin, principalement inoffensive, mais certaines souches peuvent provoquer des infections urinaires ou des gastro-entérites sévères






