Valeur ajoutée, emplois et industrie : la nouvelle ambition de la filière cajou ivoirienne

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La Côte d’Ivoire ne veut plus être seulement le premier producteur mondial de noix de cajou brute. En misant sur la transformation locale, le pays change progressivement de modèle économique et fait de cette filière un puissant levier d’industrialisation, de création d’emplois et de développement territorial. Une stratégie qui commence déjà à produire des résultats tangibles, tant sur le plan économique que social.

Selon les données de la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire domine largement le marché international de la noix de cajou avec une production de 1,2 million de tonnes en 2023, soit près de 40 % de l’offre mondiale. Pendant longtemps, l’essentiel de cette production était exporté à l’état brut, laissant la plus grande partie de la valeur ajoutée aux pays transformateurs. Cette tendance s’inverse progressivement. En moins de dix ans, les capacités nationales de transformation sont passées de 68 515 tonnes en 2015 à 350 000 tonnes en 2024, traduisant les investissements consentis pour développer une industrie locale capable de mieux valoriser la production nationale. Au-delà des performances industrielles, cette montée en puissance transforme profondément les économies locales. La filière a déjà généré 18 321 emplois, dont 66 % occupés par des femmes, faisant de la transformation du cajou un important facteur d’inclusion économique dans les bassins de production.

Cette transformation repose sur une stratégie globale combinant investissements industriels, infrastructures et amélioration de l’environnement des affaires. Avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, trois zones agro-industrielles ont été développées à Bondoukou, Korhogo et Séguéla afin de rapprocher les unités de transformation des bassins de production. En parallèle, près de 1 800 kilomètres de routes de desserte ont été aménagés ou réhabilités pour faciliter l’acheminement des noix vers les unités industrielles et améliorer l’accès des producteurs aux marchés. Le renforcement des infrastructures techniques, notamment à travers un laboratoire spécialisé et la digitalisation des procédures environnementales, contribue également à accroître la compétitivité de la filière.

L’ambition du gouvernement est désormais d’aller plus loin. Alors qu’environ 30 % de la production nationale est aujourd’hui transformée localement, l’objectif est de dépasser 50 % à l’horizon 2030, afin de retenir une part plus importante de la valeur ajoutée sur le territoire national. Cette nouvelle phase de développement devrait être soutenue par un programme d’investissement estimé à 150 millions de dollars, actuellement à l’étude. Il prévoit notamment la valorisation des sous-produits de la noix de cajou, en particulier les coques, qui représentent près de 70 % des résidus de transformation. Leur exploitation pour la production d’huile de coque (CNSL) ou d’autres produits industriels ouvre de nouvelles perspectives de diversification et d’économie circulaire.

Anne Marie KOUADIO

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