Le Ghana confirme son statut de puissance agricole en Afrique de l’Ouest. Portée par des productions record de tubercules et des exportations agricoles en forte progression, l’agriculture demeure l’un des principaux moteurs de l’économie nationale. Pourtant, derrière ces performances se cachent d’importants défis. Dépendance aux importations de produits alimentaires, déficit de production maraîchère et faible couverture des besoins en protéines animales continuent de peser sur la souveraineté alimentaire du pays.
Selon les données publiées par les autorités ghanéennes, en fin septembre 2025, le secteur agricole représentait près de 25 % du produit intérieur brut (PIB) et faisait vivre 38,3 % de la population active. Sa croissance de 6,6 % au premier trimestre 2025 témoigne du dynamisme d’un secteur appelé à jouer un rôle central dans la stratégie de transformation économique du Ghana. Parmi les filières les plus performantes figure l’igname, dont la production a atteint 11,4 millions de tonnes, bien au-delà des besoins nationaux estimés à 9,2 millions de tonnes. Le Ghana consolide ainsi sa position de deuxième producteur mondial, derrière le Nigeria. Même tendance pour le plantain, avec une récolte de 7,2 millions de tonnes, correspondant à un taux d’autosuffisance de 117 %, qui place également le pays au deuxième rang africain.
Ces performances contrastent toutefois avec la situation des cultures maraîchères. La production nationale de tomates, estimée à 504 592 tonnes, ne couvre qu’une partie des besoins du marché intérieur, évalués à 1,3 million de tonnes. Les déficits sont tout aussi marqués pour les oignons, dont la production atteint 153 087 tonnes contre une demande de 522 188 tonnes, ainsi que pour le piment, où l’offre nationale reste largement inférieure à la consommation. Le constat est encore plus préoccupant dans le secteur de l’élevage. Chaque année, le Ghana consacre plus de 300 millions de dollars à l’importation de viande de volaille afin de satisfaire la demande intérieure. Les importations de viande bovine, ovine, caprine et porcine congelée représentent également plusieurs dizaines de millions de dollars, tandis que la filière laitière ne couvre qu’environ 5 % des besoins nationaux, laissant le pays dépendre des importations pour l’essentiel de sa consommation.
En parallèle, les exportations agricoles continuent de soutenir les performances commerciales du pays. Le cacao demeure la principale culture d’exportation avec 2,8 milliards de dollars de recettes en 2025, soit 12,1 % des exportations nationales. Les exportations non traditionnelles enregistrent également une progression remarquable. Tirées notamment par les produits agricoles transformés, elles ont atteint 5,006 milliards de dollars, en hausse de plus de 30 % par rapport à 2024.
Pour réduire sa dépendance alimentaire et renforcer son industrie agroalimentaire, le gouvernement mise désormais sur le programme « Feed the Industry ». Cette initiative vise à accroître la production locale de matières premières destinées aux industries de transformation, notamment le maïs, le riz, les oléagineux, la volaille, le bœuf et le porc. L’objectif est de développer des chaînes de valeur plus compétitives, de réduire les importations et de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Au-delà des chiffres, le défi du Ghana est désormais de convertir ses atouts agricoles en une véritable souveraineté alimentaire. Si le pays dispose d’un potentiel de production reconnu, l’amélioration des rendements dans les filières déficitaires, le développement de l’élevage et le renforcement de la transformation locale seront déterminants pour consolider la résilience de son système alimentaire et soutenir une croissance économique durable.
Anne Marie KOUADIO






