Souveraineté alimentaire au Niger : le pari audacieux d’une nation qui transforme ses terres en grenier du Sahel

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Au cœur du Sahel, le Niger a entamé une transformation profonde pour briser les chaînes de la dépendance alimentaire et s’imposer comme un modèle de résilience régionale. Sous l’impulsion du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le Programme Grande Irrigation (PGI) est devenu la pierre angulaire d’une stratégie visant une souveraineté totale, avec l’ambition de réduire de 50 % les importations céréalières, notamment le riz, le maïs et le blé, d’ici 2027.

Ce programme, véritable « game changer » pour l’économie nationale, s’appuie sur une mobilisation financière sans précédent, dépassant les 520 milliards de FCFA pour la période 2024-2027. L’objectif est d’aménager 21 200 hectares de nouveaux périmètres irrigués et réhabiliter 10 000 hectares de sites existants pour garantir une production continue, indépendamment des aléas climatiques. Les résultats sont déjà palpables sur le terrain, comme en témoigne la réception du périmètre de Kakaria à Diffa, un investissement de plus de 1,65 milliard FCFA qui permet désormais à des centaines d’exploitants de produire près de 900 tonnes d’équivalent céréalier par an. À Niamey, la réhabilitation du site de Saguia pour plus de 902 millions FCFA a permis de faire grimper le rendement moyen à 7,67 tonnes par hectare, illustrant l’efficacité de la modernisation des infrastructures hydro-agricoles.

Au-delà de l’aspect quantitatif, le Niger mise sur une agriculture intelligente et diversifiée pour stabiliser son économie, alors que le secteur agricole représente déjà environ 38 % du PIB. La production nationale de mil atteint désormais 3,4 millions de tonnes et celle du sorgho 1,7 million de tonnes, des chiffres dopés par l’intensification des cultures irriguées qui permettent désormais deux campagnes par an. L’innovation technologique s’invite également dans les rizières avec le développement d’une vallée agricole numérisée à Tillabéri, utilisant des drones et l’intelligence artificielle pour optimiser l’irrigation et les rendements en temps réel.

Cette révolution ne se limite pas aux céréales de base ; elle s’étend aux cultures maraîchères comme la tomate, dont la production a presque doublé entre 2023 et 2025, ainsi qu’au blé et à la pomme de terre. En investissant massivement dans la maîtrise de l’eau, les autorités nigériennes cherchent non seulement à nourrir la population, mais aussi à créer des milliers d’emplois pour les jeunes, luttant ainsi efficacement contre l’exode rural.

Ce déploiement stratégique prépare déjà la phase suivante : la transformation industrielle locale, qui pourrait générer des dizaines de milliards FCFA de recettes supplémentaires en valorisant les surplus de production. Dans un contexte de défis sécuritaires et climatiques persistants, le Niger démontre que la souveraineté alimentaire n’est plus un simple slogan, mais une réalité en construction qui redéfinit l’avenir d’une nation souveraine et résiliente.

Alpha BARRO

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