14ème Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé : l’agriculture, grand sacrifié sur l’autel des impasses multilatérales

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Le rideau est tombé sur la 14ème Conférence ministérielle (CM14) de l’Organisation mondiale du commerce le 30 mars 2026, laissant derrière lui un goût amer de rendez-vous manqué pour le monde agricole. Dans la capitale camerounaise, le dossier de l’agriculture, pourtant identifié comme une priorité absolue pour la sécurité alimentaire mondiale et le développement du continent africain, a été le théâtre d’un blocage quasi total. Malgré une session ministérielle spécialement allongée à deux heures et demie (la plus longue du programme) pour répondre aux préoccupations des pays du Sud, les 166 membres n’ont pu accoucher que de décisions techniques périphériques.

Ces maigres avancés concernent l’intégration des petites économies et l’application plus précise des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) ainsi que des obstacles techniques au commerce (OTC), sans jamais toucher au cœur des distorsions de concurrence. Pour les experts du Sud, ce résultat est perçu comme une manœuvre visant à orienter l’agriculture vers une simple déclaration politique faible plutôt que vers des décisions substantielles assorties de livrables concrets.

La tension a atteint son paroxysme lorsque le Brésil, soutenu par d’autres puissances émergentes, a souligné explicitement le lien entre la survie du moratoire sur le commerce électronique et les progrès sur le volet agricole. Le ministre brésilien des Affaires étrangères a dénoncé avec virulence un secteur qui n’a connu quasiment aucun progrès tangible en trente ans d’existence de l’OMC, refusant que l’innovation numérique serve de diversion à l’immobilisme sur les subventions agricoles.

Les points de friction demeurent profonds et anciens : le stockage public à des fins de sécurité alimentaire, les mécanismes de sauvegarde spéciale, le coton et le soutien intérieur massif accordé par les pays développés à leurs propres producteurs. Alors que l’Inde et d’autres nations en développement réclamaient des réformes structurelles pour protéger leurs petits fermiers, les positions sont restées figées, transformant Yaoundé en un théâtre de marchandages intenses mais stériles.

L’échec de Yaoundé souligne ainsi l’incapacité chronique de l’organisation à réformer un système qui, selon de nombreux délégués africains, continue de favoriser les intérêts des grandes puissances du Nord au détriment d’un commerce inclusif. Faute d’accord sur un programme de travail clair pour l’après CM14, les textes préparés ont été renvoyés au siège de Genève, dans l’espoir qu’une « nouvelle manière de travailler » puisse un jour débloquer ces mandats historiques. En attendant, le fossé se creuse entre une économie numérique qui refuse d’être taxée et un monde rural qui se sent, une fois de plus, abandonné par la gouvernance mondiale.

Robert ADJOVI

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