Intrants agricoles : le Ghana mise sur la distribution gratuite d’engrais pour soutenir son agriculture

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En mars 2026, le président du Ghana, John Dramani Mahama, a annoncé une transition majeure dans la politique agricole du pays en remplaçant le programme de subventions par une distribution gratuite d’engrais pour la saison de plantation. Cette décision, dévoilée lors de l’inauguration du premier Centre de services aux agriculteurs à Takoratwene, vise à soutenir les producteurs face à l’augmentation des coûts de production.

Ce changement de cap intervient alors que le marché mondial des engrais est sous pression en raison de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Depuis fin février 2026, le blocage du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, une voie vitale par laquelle transite environ un tiers des expéditions mondiales d’engrais, a provoqué une flambée des prix. À titre d’exemple, le prix de l’urée a bondi de 45 % pour atteindre environ 715 dollars par tonne métrique en seulement deux semaines. Pour le Ghana, qui dépend des importations, cette situation menaçait directement le début de la saison de plantation des cultures de base comme le maïs et le riz.

Le gouvernement espère que la gratuité des intrants encouragera les agriculteurs à étendre les surfaces cultivées et à accroître la productivité nationale. Outre les cultures vivrières, l’initiative réintroduit également la fourniture gratuite d’engrais (liquides et granulaires), d’insecticides et de machines de pulvérisation pour les producteurs de cacao pour la campagne 2025/2026.

Cette mesure s’intègre dans l’agenda de transformation économique du gouvernement, incluant la stratégie de « l’économie de 24 heures » et le programme phare « Feed Ghana ». Des investissements complémentaires dans les infrastructures, tels que la construction d’un pont sur la rivière Afram et l’amélioration de la route Adawso–Agordeke, sont prévus pour faciliter le transport des produits.

Malgré l’accueil positif de cette annonce, des experts soulignent que le soutien aux intrants ne peut être la seule solution. Lom Ahlijah, du GIMPA, rappelle qu’au Ghana, 40 à 60 % de la production est perdue à cause des défaillances post-récolte. Il insiste sur la nécessité de renforcer les entreprises de stockage et les infrastructures de transformation pour éviter que l’augmentation de la production ne se traduise par un gaspillage accru.

De plus, cette politique représente un fardeau fiscal considérable pour l’État. Alors que le gouvernement avait subventionné 200 000 tonnes en 2025, la demande nationale annuelle moyenne dépasse les 426 000 tonnes, et l’État doit désormais assumer la totalité des coûts dans un contexte de prix mondiaux records.

Anne Marie KOUADIO

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