Face au défi de la souveraineté alimentaire et de l’employabilité des jeunes, le Bénin engage un virage structurel significatif. Lors du Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026, l’exécutif a acté le démarrage de la phase concrète d’un vaste programme de modernisation de l’enseignement technique agricole.
C’est une étape décisive pour l’économie béninoise. En effet, le gouvernement a donné son feu vert pour la construction des trois premières écoles professionnelles de formation agricole dans les communes de Bassila, Ouessè et Zè. Ces établissements constituent le premier lot d’un programme ambitieux prévoyant, à terme, la construction ou la réhabilitation de 26 établissements à travers le territoire national, comprenant 12 lycées agricoles et 14 écoles professionnelles.
Un cap stratégique : 70 % de la population scolaire vers l’EFTP d’ici 2030
Cette décision n’est pas isolée, car elle s’inscrit dans une réforme profonde du modèle éducatif national initiée dès 2021. L’objectif est d’inverser la tendance actuelle où moins de 30 % des élèves suivent une formation technique. Le gouvernement ambitionne que, d’ici 2030, 70 % de la population scolaire béninoise soit orientée vers l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP).
Pour le pouvoir exécutif, il s’agit de former des « exploitants agricoles d’un type nouveau », capables de répondre aux exigences de la transformation agroalimentaire, de l’élevage et de l’agriculture moderne. Dix nouvelles filières professionnelles devraient d’ailleurs ouvrir dès la rentrée 2026-2027 pour soutenir cet élan.
L’agriculture, moteur de croissance encore sous-exploité
Le contexte économique justifie cette urgence. Selon le Fonds international de développement agricole (FIDA), le secteur agricole génère environ 70 % de l’emploi au Bénin et contribue à près de 30 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Pourtant, le secteur reste dominé par de petites exploitations à faible productivité, dont 34 % ne dépassent pas un hectare.

L’investissement dans le capital humain est donc perçu comme le levier indispensable pour que l’agriculture cesse d’être le « parent pauvre » de la croissance nationale. En professionnalisant la main-d’œuvre, le Bénin espère non seulement réduire le chômage des jeunes, mais aussi limiter l’exode rural et la fuite des cerveaux.
Un développement durable soutenu par des partenaires internationaux
Ce vaste projet d’infrastructures bénéficie de l’appui technique et financier de partenaires stratégiques, au premier rang desquels figure la Banque Africaine de Développement (BAD).
Conformément aux exigences internationales, chaque projet, à l’instar du Lycée Technique Agricole de Kpomassè, est soumis à des Études d’Impact Environnemental et Social (EIES) approfondies. Ces procédures garantissent que la modernisation des infrastructures respecte les écosystèmes locaux et intègre des mesures d’atténuation contre le changement climatique.
Des retombées sociales attendues à l’échelle locale
Au-delà de l’enjeu éducatif, les chantiers annoncés à Bassila, Ouessè et Zè devraient dynamiser immédiatement l’économie locale. Le gouvernement a validé la contractualisation avec des entreprises chargées du contrôle technique et du suivi des travaux, avec pour consigne de prioriser le recrutement de la main-d’œuvre locale.
À terme, ces écoles professionnelles deviendront des pôles de développement, favorisant l’émergence de petites et moyennes entreprises agricoles autour des établissements et renforçant ainsi la sécurité alimentaire du pays.
Robert ADJOVI






