Les outils utilisés par les gouvernements et les investisseurs pour prévoir l’avenir économique ignorent largement les perturbations climatiques à venir, ce qui pourrait déclencher une crise financière mondiale sans précédent. Un rapport récent, intitulé Recalibrating Climate Risk (« Réévaluer les risques climatiques »), alerte sur le fait que les modèles économiques actuels « sous-estiment de plus en plus les risques climatiques » à mesure que les événements météorologiques extrêmes deviennent la norme.
Cette sous-estimation repose sur une faille fondamentale. En effet, la plupart de ces modèles reposent sur la prémisse que la croissance économique se poursuivra indéfiniment, au pire à un rythme réduit, malgré le réchauffement planétaire. Or, les experts soulignent que cette vision occulte les « points de bascule » ; ces seuils critiques au-delà desquels les impacts climatiques s’accélèrent brutalement dans certaines régions ou secteurs, sapant toute stabilité économique.
L’une des erreurs majeures identifiées par les chercheurs est de se concentrer sur l’évolution de la température moyenne plutôt que sur les phénomènes extrêmes. Ce sont pourtant les ouragans, les sécheresses et les inondations qui bouleversent concrètement les économies nationales.
L’absence de préparation adéquate face à ces chocs pourrait conduire à une crise financière mondiale pire que celle de 2008. De plus, une étude précédente de la même équipe suggère que cette négligence des coûts financiers pourrait entraîner une décroissance économique ou une contraction notable du Produit National Brut (PNB) mondial d’ici 2050.
Face à ces factures climatiques de plus en plus lourdes, le rapport, co-signé par 68 experts du climat de 12 pays, appelle à une action immédiate. Il devient impératif que les gouvernements, les banques centrales et les organismes d’aide internationale réévaluent ou « recalibrent » leur manière de calculer les risques de dommages. Moins une économie est préparée à ces perturbations, plus la facture finale sera salée. Les experts estiment qu’ignorer la science climatique dans les prévisions budgétaires n’est plus seulement une erreur scientifique, c’est un risque financier systémique.
A noter que ce rapport a été dirigé par des chercheurs de l’équipe Green Futures Solutions de l’Université d’Exeter (Royaume-Uni), en collaboration avec le groupe de réflexion Carbon Tracker.
La Rédaction






