Le projet de la grande muraille verte s’impose aujourd’hui comme le rempart végétal le plus long au monde, s’étirant sur 7 600 kilomètres du Sénégal jusqu’à Djibouti. Loin d’être une simple opération de reboisement, cette initiative monumentale traverse 11 pays (Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Soudan, Érythrée, Éthiopie et Djibouti) avec l’ambition profonde de transformer les zones arides, comptant parmi les plus vulnérables du globe, en véritables pôles ruraux de production et de développement.
L’histoire de ce projet a connu un tournant décisif en 2012 avec l’élaboration d’une stratégie régionale harmonisée pour sa mise en œuvre, coordonnée par la Commission de l’Union Africaine et l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille verte. Ce document stratégique, élaboré avec le soutien technique et financier de partenaires internationaux comme la FAO, l’Union européenne et le Mécanisme mondial de l’UNCCD, a permis de structurer l’action collective autour d’objectifs communs.
Les enjeux pour le Sahel sont colossaux, car la muraille ne vise pas seulement à freiner la désertification, mais constitue un levier stratégique pour la sécurité alimentaire, l’adaptation au changement climatique et la préservation de la biodiversité, tout en cherchant à libérer le potentiel socio-économique de millions de personnes vivant dans la région. Cependant, le bilan actuel de l’initiative invite à une réflexion nuancée, oscillant entre la vitrine diplomatique et les dures réalités du terrain.
Si le projet demeure un symbole fort de la résilience africaine, sa crédibilité technique, organisationnelle et financière est régulièrement interrogée. Entre les annonces ambitieuses et la mise en œuvre effective, le défi reste entier pour s’assurer que ce « mirage » devienne une réalité tangible pour les populations locales, garantissant ainsi la transformation durable des paysages sahéliens face aux pressions environnementales croissantes.
Alpha BARRO






