Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire traverse une période charnière pour sa filière stratégique. Alors que les cours internationaux du cacao ont atteint des niveaux historiquement élevés en 2025, le pays fait paradoxalement face à des tensions internes liées à l’accumulation de stocks de fèves invendus dans plusieurs zones de production.
Le 1er mars 2026, le président de l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA), Siaka Diakité, a appelé au calme après plusieurs semaines d’inquiétude dans les coopératives. En cause : des retards d’enlèvement des volumes commercialisés durant la grande campagne, alimentant des craintes sur la trésorerie des producteurs.
Réunis à la Primature, les principaux acteurs institutionnels ont validé une série de mesures d’urgence. L’État a confirmé le rachat intégral des stocks résiduels au prix garanti de 2 800 FCFA/kg, réaffirmant ainsi son engagement en faveur du mécanisme de stabilisation des revenus agricoles. Cette décision intervient dans un contexte international marqué par une forte volatilité des marchés et des spéculations accrues sur les matières premières agricoles. En parallèle, un programme accéléré de déstockage est en cours depuis janvier 2026 afin d’éviter toute dégradation qualitative des fèves et de préparer efficacement la petite campagne.
Les difficultés observées trouvent leur origine dans des contraintes logistiques, notamment au niveau de l’acheminement vers les ports et de la disponibilité des financements à l’export. Pour un pays qui représente plus de 40 % de l’offre mondiale, toute perturbation interne peut avoir des répercussions globales.
En intervenant rapidement, les autorités ivoiriennes envoient un signal fort aux marchés et aux partenaires internationaux : la gouvernance de la filière reste maîtrisée. Cette gestion proactive vise non seulement à préserver le revenu des producteurs, mais aussi à consolider la crédibilité de la Côte d’Ivoire en tant que pilier de l’approvisionnement mondial en cacao.
Anne Marie KOUADIO






