Alors que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) tenait sa 14ᵉ Conférence ministérielle (MC14) au Cameroun, la résistance s’organisait. Le mouvement mondial La Via Campesina dénonce un système qui sacrifie les petits producteurs sur l’autel du libre-échange et propose une alternative radicale : la souveraineté alimentaire.
Cette semaine, les rues de Yaoundé ont vibré au rythme d’une contestation mondiale. Des délégations paysannes venues d’Asie, d’Afrique, d’Amérique, d’Europe et du monde arabe se sont rassemblées pour dire « non » aux politiques de l’OMC. Pour ces travailleurs de la terre, le bilan de 28 ans de politiques néolibérales est sans appel : le système actuel favorise systématiquement les multinationales au détriment des petits agriculteurs.
Les témoignages recueillis lors des réunions des 25 et 26 mars dressent un constat alarmant de la mondialisation dirigée par le capital :
- au Salvador et dans les Caraïbes : l’importation massive de denrées de base comme le riz, moins chères que la production locale, démantèle l’agriculture nationale et laisse les paysans impuissants face à la concurrence.
- en Amérique du Nord : les petits producteurs mexicains luttent depuis des décennies contre les géants agroindustriels subventionnés des États-Unis et du Canada.
- en Afrique : les barrières non tarifaires et l’instabilité des devises freinent le commerce local, rendant les pays dépendants des importations et vulnérables aux chocs de prix mondiaux.
Face à ce qu’ils décrivent comme un système « dérégulé et profondément biaisé », La Via Campesina ne se contente pas de protester. Le mouvement exige une refonte fondamentale du commerce mondial.
Leur proposition ? Un cadre fondé sur la souveraineté alimentaire. Ce modèle donnerait aux nations le droit de définir leurs propres politiques agricoles sans pression extérieure, en donnant la priorité à la production locale pour la consommation locale et en garantissant aux paysans le contrôle de l’eau, de la terre et des semences.
L’action ne s’arrête pas aux discours. Le 29 mars, un séminaire public est organisé à Yaoundé, en alliance avec le réseau africain PROPAC. L’objectif a été de présenter des propositions concrètes pour un nouvel ordre commercial qui serve enfin ceux qui nourrissent le monde.
Les leaders paysans ont lancé un appel direct aux délégués officiels de la MC14 : quitter les salons feutrés pour venir construire une alternative fondée sur un véritable multilatéralisme.
La Via Campesina est un mouvement qui représente aujourd’hui plus de 200 millions de membres à travers 81 pays. Il lutte activement pour les droits paysans, la justice climatique et contre l’emprise des multinationales sur l’agribusiness.
Alfred K. BARRO
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