Face au changement climatique et à la dégradation des terres, les organisations paysannes du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Sénégal déploient des solutions innovantes. Un récent rapport de la FAO met en lumière ces « bonnes pratiques » qui concilient production alimentaire et préservation de l’environnement.
En Afrique de l’Ouest, la biodiversité est le socle de la sécurité alimentaire et de la résilience des populations. Pourtant, entre avancée du désert, érosion des sols et perte de variétés locales, l’équilibre est rompu. Pour inverser la tendance, le programme mondial AME ACP 3, soutenu par l’Union européenne, la FAO et le ROPPA, documente des initiatives locales réussies.
Voici comment quatre nations transforment leurs défis environnementaux en opportunités économiques.
✅Burkina Faso : le Mucuna et la forêt pour régénérer la terre
Au Burkina Faso, la pression démographique et climatique épuise les pâturages. Pour y remédier, la coopérative SCOOPS-EVO/BT a introduit la culture du mucuna, une plante fourragère qui étouffe les mauvaises herbes et enrichit naturellement les sols en azote. Cette pratique a permis de couvrir 60 % des besoins en fourrage des bénéficiaires, réduisant l’achat d’aliments industriels coûteux.
Parallèlement, dans la commune de Séguénéga, l’association ADPOSE restaure des forêts villageoises en utilisant des techniques traditionnelles comme le zaï et les cordons pierreux. Près de 65 % du couvert végétal a été restauré dans les zones cibles, favorisant le retour d’espèces animales disparues.
✅Mali : pesticides naturels et autonomie semencière
Au Mali, la lutte contre les ravageurs passe par le retour au naturel. À Koulikoro, la coopérative AGEPKO produit le « Ladalafura Jima », un biopesticide liquide à base de plantes locales (ail, piment, neem). Avec ce biopesticide les coûts de traitement des cultures ont été divisés par deux, tout en protégeant la santé des producteurs et des consommateurs.
À Kangaba, la coopérative JEKAFO se bat pour la souveraineté semencière. En multipliant des variétés locales de maïs et de sorgho adaptées au terroir, les paysans évitent l’endettement lié à l’achat de semences hybrides et préservent leur patrimoine génétique.
✅Niger : sauver la race ovine Oudah et produire du Bourgou
Le Niger mise sur la valorisation de ses ressources endogènes pour sécuriser son élevage, pilier de l’économie nationale. Dans le Bourgou, cette graminée vivace est cultivée à Say pour pallier le manque de fourrage. Sa production a augmenté de 300 %, permettant d’accroître la production laitière des vaches de 1,5 à 5 litres par jour.
La race Oudah, ce mouton bicolore, rustique et performant, alimente 60 % du marché de la viande au Niger. Une vaste campagne de sensibilisation est menée pour protéger cette souche génétique menacée par l’insécurité et les croisements anarchiques.
✅Sénégal : santé des sols et renaissance de la mangrove
Au Sénégal, deux fronts sont prioritaires : la lutte contre l’acidité des sols en Casamance et la protection des côtes dans le delta du Saloum. Grâce au « Club-conseil en santé des sols », les agriculteurs de Affiniam ont réussi à faire remonter le pH de leurs terres. Les rendements rizicoles ont bondi, passant de 1 tonne à plus de 4,7 tonnes par hectare en trois ans.
Dans le Delta du Saloum, la fédération FENAGIE PÊCHE a reboisé plus de 100 hectares de mangrove et immergé des récifs artificiels pour favoriser la reproduction des poissons. L’apiculture et l’ostréiculture (élevage d’huîtres) offrent désormais de nouveaux revenus aux femmes de la région.
La réussite de ces initiatives repose sur trois piliers que sont l’engagement communautaire, la valorisation des savoirs locaux et le soutien technique et financier des partenaires comme la FAO sont cruciaux pour passer à l’échelle supérieure.
Ces exemples montrent qu’il est possible de produire mieux tout en protégeant la planète. Le défi est maintenant de vulgariser ces bonnes pratiques auprès du plus grand nombre.
Sami KAM
Source : Rapport FAO/ROPPA 2026, « Bonnes pratiques pour une gestion durable de la biodiversité dans l’agriculture en Afrique de l’Ouest ».






