Alors que les vergers s’apprêtent à livrer leurs premiers fruits, la filière mangue en Afrique de l’Ouest s’apprête à vivre un tournant décisif. Entre stabilité des prix en Côte d’Ivoire, leadership burkinabè et nouvelles ambitions de transformation locale, la campagne 2026 s’annonce sous le signe de la résilience et de la compétitivité régionale.
Le Conseil d’administration de l’Interprofession de la filière mangue (Inter-Mangue), réuni à Korhogo le 12 mars 2026, a tranché : le prix bord champ de la caisse de mangue est maintenu à 2 450 FCFA pour cette nouvelle saison. Cette décision vise à offrir une visibilité cruciale aux producteurs et aux acteurs de la chaîne de commercialisation.
La campagne débutera officiellement le 28 mars 2026, une date fixée sur la base d’analyses techniques du Centre national de recherche agronomique (CNRA) garantissant la maturité optimale des fruits. Pour les mangues destinées à l’industrie, le prix en station de conditionnement reste fixé à 220 FCFA le kilogramme.
L’un des enjeux majeurs de cette année est la création de valeur ajoutée. En Côte d’Ivoire, moins de 2 % de la récolte annuelle est actuellement transformée. Pour pallier cela, le Programme d’appui au développement des filières agricoles (PADFA) cherche à mobiliser plus de 22 millions de dollars (14 milliards de FCFA) pour construire une unité agro-industrielle dans le nord du pays.
Cette ambition s’inscrit parfaitement dans le Plan Stratégique 2025-2030 de l’UEMOA, baptisé « IMPACT 2030 », qui place l’agro-industrie au cœur de la transformation structurelle des économies de l’Union. Le Burkina Faso, déjà premier exportateur africain de mangues en 2023, montre la voie en étant leader mondial de la mangue séchée bio, même si le défi de transformer plus de 25 % de sa production locale reste entier.
Malgré des perspectives prometteuses, la filière reste sous pression. Au Mali, bien que la saison s’annonce stable, l’accès au marché européen demeure suspendu en raison d’interceptions liées aux mouches des fruits. Pour protéger ce « bouclier phytosanitaire », le projet SyRIMAO a étendu son système de surveillance à l’ensemble des 15 pays de la CEDEAO, collectant plus d’un million de données pour anticiper les infestations.
Enfin, les acteurs surveillent de près les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Monsieur Silué Nambelessini, président d’Inter-Mangue, a averti qu’une hausse prolongée du prix du carburant pourrait impacter les coûts du fret et le pouvoir d’achat des consommateurs internationaux.
À l’aube de cette récolte, l’Afrique de l’Ouest ne se contente plus de produire ; elle s’organise pour devenir un pôle de compétitivité mondial, portée par une volonté de professionnalisation de ses acteurs et une modernisation de ses infrastructures.
Anne Marie KOUADIO






