Dans les économies émergentes, financer l’agriculture reste souvent considéré comme risqué. Incertitudes politiques, difficultés de conversion des monnaies, restrictions sur les transferts de capitaux ou encore fragilité du cadre foncier peuvent décourager les investisseurs, même lorsque les projets agricoles présentent un réel potentiel économique. Pour le Groupe de la Banque mondiale, les mécanismes de garantie constituent l’un des moyens de réduire ces risques et de faciliter la mobilisation de capitaux privés.
Dans une analyse publiée le en janvier 2026, Nabil Fawaz, responsable du secteur industrie, agro-industrie et services à l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), explique que l’un des risques récurrents concerne l’impossibilité pour un investisseur de convertir la monnaie locale en devise étrangère. Une telle situation peut empêcher le remboursement d’une dette extérieure ou le rapatriement des dividendes. La MIGA peut couvrir ce type de risque politique. Depuis la mise en place de la Plateforme de garanties du Groupe de la Banque mondiale, les différents instruments proposés par l’institution ont été regroupés afin de faciliter leur mobilisation. Dans l’agriculture, ils sont utilisés dans le cadre de l’initiative AgriConnect, destinée à soutenir des investissements susceptibles de renforcer les chaînes agro-industrielles, l’emploi et la sécurité alimentaire.
Le Togo fait partie des pays ayant fait recours à ces instruments. En effet, afin de soutenir un secteur agroalimentaire qui emploie près de la moitié de la population active, le Togo avait besoin de financements pour importer des engrais. Face aux réticences des banques étrangères, la MIGA a accordé une garantie à Société Générale couvrant le risque de non-paiement de l’État togolais dans le cadre d’un mécanisme de financement commercial à court terme. Celui-ci devait faciliter l’importation d’engrais et d’autres produits nécessaires aux entreprises locales. Les garanties peuvent également intervenir dans des projets agricoles nécessitant des investissements beaucoup plus lourds et de long terme. Systèmes d’irrigation, infrastructures de transport, entrepôts frigorifiques, unités de transformation ou zones agroéconomiques spéciales figurent parmi les équipements concernés. Ces projets associent fréquemment capitaux privés et engagements publics pouvant s’étendre sur 10, 15 ou 20 ans.
Dans ce type de montage, les investisseurs cherchent à se protéger contre une éventuelle rupture des engagements contractuels des pouvoirs publics. La garantie de la MIGA peut réduire ce risque et faciliter le règlement des différends avant qu’ils n’aboutissent à un arbitrage. Elle peut également améliorer les conditions de financement des projets : les prêteurs prennent alors en considération la notation de crédit du Groupe de la Banque mondiale, ce qui peut contribuer à obtenir des taux plus faibles et des maturités plus longues.
Ces mécanismes restent toutefois exigeants en raison du fait que les projets bénéficiant d’une garantie doivent respecter les normes environnementales, sociales et de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale. Pour les opérations de petite taille, les coûts et les procédures nécessaires peuvent également limiter leur attractivité.
Pour les économies africaines, l’enjeu est donc de mieux utiliser les garanties pour rendre finançables des investissements agricoles considérés comme trop risqués par les banques ou les investisseurs privés. Dans un contexte où le continent doit accroître sa production alimentaire, moderniser ses infrastructures rurales et développer la transformation locale, ces instruments peuvent contribuer à partager le risque entre acteurs publics et privés et à débloquer des capitaux pour les chaînes de valeur agricoles.
Gilbert BAZIE






