À l’ombre des grandes sociétés minières et énergétiques, plusieurs entreprises publiques burkinabè ont renforcé en 2025 leur présence dans l’approvisionnement en intrants, la sécurité alimentaire, la transformation agroalimentaire, l’élevage et les aménagements hydroagricoles. Leurs résultats révèlent une dynamique encourageante, mais aussi des fragilités financières et opérationnelles susceptibles de limiter leur contribution à la souveraineté alimentaire.
Présenté à la 34ᵉ session de l’Assemblée générale des sociétés d’État et des établissements publics de prévoyance sociale, le rapport de performance de l’exercice 2025 examine les comptes de 28 entreprises publiques. Parmi elles figurent plusieurs acteurs directement engagés dans les chaînes de valeur agricoles et pastorales. Certaines présentent leurs états financiers pour la première fois, notamment Faso Guulgo, Faso Kosam, l’Office national des barrages et des aménagements hydroagricoles et la Société burkinabè d’intrants et de matériels agro-pastoraux.
La SOBIMAP s’impose comme le principal acteur de ce groupe en matière de chiffre d’affaires. La société chargée de l’acquisition, de la gestion et de la distribution des intrants et équipements agricoles a réalisé 28,86 milliards de FCFA de ventes et dégagé un bénéfice net de 1,78 milliard de FCFA. Elle a également versé 357,16 millions de FCFA au budget de l’État et effectué un don d’engrais liquides d’une valeur de 511,4 millions de FCFA à une initiative présidentielle. Depuis décembre 2025, elle assure l’importation des engrais au Burkina Faso, avec pour objectifs de sécuriser leur disponibilité, de stabiliser les prix et de prévenir les pénuries et la spéculation.
La SONAGESS a, pour sa part, enregistré une forte progression de son activité. Le chiffre d’affaires de la société chargée des stocks de sécurité alimentaire a atteint 26,10 milliards de FCFA, contre 11,64 milliards en 2024. Son bénéfice net s’est établi à 1,60 milliard de FCFA, en hausse de près de 242 millions sur un an. Cette évolution a été portée par l’augmentation du volume des opérations, notamment dans le cadre de la collecte et de la commercialisation des produits agricoles. Les objectifs opérationnels liés à la sécurité alimentaire n’ont cependant pas été entièrement atteints. La SONAGESS a acquis 60 453 tonnes de céréales pour ses différents stocks, contre une cible de 75 000 tonnes. Elle a également approvisionné ses points de vente à hauteur de 11 465 tonnes, pour un objectif de 12 500 tonnes. Ces volumes sont inférieurs à ceux de 2024, année durant laquelle 66 785 tonnes avaient été acquises et 28 584 tonnes mises à la disposition des points de vente.
À Banfora, la Minoterie du Faso poursuit sa croissance. Son chiffre d’affaires est passé de 10,94 milliards de FCFA en 2024 à 12,25 milliards en 2025. Son bénéfice net a progressé de 726,25 millions à 1,06 milliard de FCFA. L’entreprise, qui produit des farines, des aliments pour bétail et d’autres sous-produits, a atteint un taux d’approvisionnement en blé de 98,49 %. Son taux de transformation s’est toutefois limité à 93,11 %.
Les entreprises chargées des infrastructures productives affichent également des résultats positifs. La SONATER a réalisé 4,61 milliards de FCFA de chiffre d’affaires, contre 1,92 milliard l’année précédente, et un bénéfice net de 926,95 millions de FCFA. Le taux d’exécution de ses conventions de maîtrise d’ouvrage déléguée a progressé de 58,43 % à 78,61 %. Cette amélioration est notamment liée à l’achèvement de marchés conclus dans le cadre de plusieurs projets de développement agricole et territorial. La société a aussi renforcé la prise en charge des incidents concernant les équipements agricoles vendus aux producteurs.
L’ONBAH a clôturé son premier exercice avec un chiffre d’affaires de 2,59 milliards de FCFA et un bénéfice net de 181,10 millions. L’office intervient dans la construction et la réhabilitation des barrages, l’aménagement des périmètres irrigués et la réalisation d’infrastructures de transport de l’eau à des fins agricoles. En 2025, il a achevé 82 % des projets programmés, au-dessus de la norme minimale de 75 %. Le rapport indique également que 100 % des travaux et prestations évalués ont été réalisés sans réserve.
Dans le secteur de l’élevage, la Centrale d’achat des médicaments vétérinaires a enregistré 1,64 milliard de FCFA de chiffre d’affaires et un résultat net bénéficiaire de 457,67 millions. Sa contribution au budget national a atteint 57 millions de FCFA. Malgré cette rentabilité, la CAMVET reste exposée à des tensions de trésorerie.
Faso Guulgo, chargée de produire des aliments pour le bétail, la volaille, les poissons et d’autres animaux d’élevage, a réalisé 1,32 milliard de FCFA de chiffre d’affaires pour un bénéfice net limité à 18,49 millions. Son taux de marge brute s’est établi à 1,91 %. La situation est un peu difficile pour Faso Kosam. Créée pour produire, transformer et commercialiser du lait et des produits laitiers, la société a enregistré un chiffre d’affaires de 173,96 millions de FCFA et une perte nette de 89,78 millions. Le rapport attribue cette situation à la faible quantité de produits fabriqués durant la phase de démarrage. La Société d’exploitation des phosphates du Burkina présente également des résultats contrastés. Son chiffre d’affaires a progressé de 2,99 milliards à 4,76 milliards de FCFA, mais son excédent brut d’exploitation est devenu négatif à hauteur de 111,07 millions. Le bénéfice net n’a atteint que 20,38 millions de FCFA.
Le bilan de 2025 traduit ainsi la montée en puissance d’un ensemble d’entreprises publiques appelées à jouer un rôle central dans la souveraineté alimentaire du Burkina Faso. La SOBIMAP, la SONAGESS, la MINOFA, la SONATER et l’ONBAH ont accru leurs activités ou amélioré leurs résultats. L’enjeu sera désormais de transformer ces progrès comptables en intrants accessibles, en infrastructures fonctionnelles et en produits alimentaires disponibles pour les producteurs et les consommateurs.
Alpha BARRO






