Sous l’impulsion du gouvernement, le Burkina Faso opère une mutation radicale de son modèle de développement. Entre rupture avec le système néocolonial, offensive agropastorale et transition agroécologique, le pays mise sur sa paysannerie pour conquérir une souveraineté réelle. Agrodev.info, votre média en ligne, vous propose une opinion de Raffaele Morgantini, Représentant du Centre Europe-tiers monde (CETIM) auprès de l’ONU.
Au Burkina Faso, la terre n’est pas qu’une ressource : c’est le moteur d’un « renouveau national ». Avec 80 % de la population active travaillant dans l’agriculture, le secteur primaire est au cœur de la stratégie de rupture portée par le capitaine Ibrahim Traoré depuis 2022. Loin des modèles d’agribusiness extractifs, Ouagadougou tente d’imposer un modèle autocentré où le petit producteur devient le sujet politique central.
Le fer de lance de cette mutation est l’« Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 ». L’objectif est d’atteindre la souveraineté alimentaire en investissant massivement dans les équipements (tracteurs, unités de transformation) et le soutien aux filières rizicoles et horticoles.
Cette stratégie s’accompagne d’une reprise en main étatique des secteurs stratégiques. L’État s’attaque désormais à l’agroalimentaire par l’industrialisation des filières du sucre, du lait et de la tomate. Les résultats sont déjà visibles : entre 2022 et 2024, les productions de riz, de maïs et de tomates ont bondi, contribuant à freiner l’exode rural.
La mutation est aussi structurelle. Le pays privilégie désormais les circuits courts, permettant aux petites coopératives de livrer directement leurs produits aux institutions publiques comme les hôpitaux, les écoles ou les prisons.
Sur le front foncier, le gouvernement s’attaque au phénomène historique de l’accaparement des terres par des investisseurs privés. La révision des lois vise une redistribution plus juste, incluant des kits d’installation pour les jeunes paysans et un engagement fort : accorder au moins 30 % des titres fonciers aux femmes productrices.
Face aux crises climatiques (raréfaction des pluies et dégradation des sols) le Burkina Faso a adopté une Stratégie Nationale de l’Agroécologie (SND-AE 2023-2027). Cette mutation environnementale se traduit par la promotion des intrants biologiques via une nouvelle législation, une volonté de sortir progressivement des pesticides chimiques et la protection des semences paysannes grâce à une loi agropastorale créant une base de données dédiée pour préserver la biodiversité locale.
Pour les organisations paysannes, le changement de paradigme est historique. En se désengageant progressivement des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale) et en remettant en cause le franc CFA, le Burkina Faso tente de construire un modèle de développement autodéterminé. L’avenir de cette « graine de changement » dépendra de la capacité du pouvoir à maintenir un dialogue constructif avec les forces populaires.
Source : Inter-réseaux






