Le Groupement représentatif de l’indication géographique protégée attiéké des lagunes (Gr-Igp Attiéké des lagunes) en partenariat avec l’Office ivoirien de propriété intellectuelle (Oipi) a procédé le jeudi 26 mars à Dabou, au lancement officiel de la mise en marché du label indication géographique protégée Attiéké des lagunes.
Longtemps resté dans l’ombre des produits d’exportation classiques comme le cacao, l’attiéké vit aujourd’hui son âge d’or. Entre l’obtention du label Indication Géographique Protégée (IGP) et son inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO, la semoule de manioc ivoirienne change de dimension. Décryptage des enjeux économiques, culturels et alimentaires de cette reconnaissance internationale.
Le 4 décembre 2024 marquera l’histoire de la gastronomie africaine : l’attiéké a officiellement été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Cette consécration mondiale fait suite à la remise officielle, en juillet 2023, du certificat d’enregistrement en Indication Géographique Protégée (IGP) pour l’« Attiéké des lagunes ». Pour la Côte d’Ivoire, ces distinctions ne sont pas que symboliques : elles représentent un bouclier juridique et un moteur de développement sans précédent.
L’un des enjeux majeurs de cette labellisation est la protection de l’appellation contre la concurrence déloyale. Dans un marché mondialisé où des pays comme la Chine sont devenus des producteurs massifs de semoule de manioc, le label IGP permet de distinguer le produit authentique de ses imitations. Comme l’a souligné le ministre du Commerce : « Ce qui sort de la Côte d’Ivoire, c’est ce qui est le produit original, les autres c’est la photocopie ».
Juridiquement, le label garantit que seule la semoule produite selon le savoir-faire ancestral des peuples lagunaires (Ebrié, Adjoukrou, Alladjan, Avikam) peut être commercialisée sous ce nom dans les 17 pays membres de l’OAPI. Cette protection vise à sécuriser les revenus des producteurs locaux, l’attiéké générant déjà un chiffre d’affaires annuel de 70 milliards de francs CFA, valoriser le travail des femmes, qui assurent 96,3 % de la production et augmenter la valeur ajoutée à l’export, les produits labellisés se vendant généralement plus cher sur les marchés internationaux.
Au-delà de l’aspect marchand, l’attiéké est le garant de la résilience alimentaire du pays. Avec une production de 450 000 tonnes par an, c’est l’aliment à base de manioc le plus consommé en Côte d’Ivoire.
Son apport à la sécurité alimentaire se manifeste sur plusieurs fronts. Le manioc qui est une culture vivrière centrale dont la production nationale vise les 6 millions de tonnes par an. L’attiéké, par sa transformation, offre un produit fini disponible partout et à tout moment.
C’est une source d’énergie majeure, riche en glucides et en fibres, facilitant la digestion. Il contient également des vitamines (B, C, E) et des minéraux essentiels tels que le fer, le magnésium et le calcium. Sa nature sans gluten en fait un allié précieux pour la santé publique. Contrairement à d’autres tubercules, le processus de fermentation et de cuisson à la vapeur de l’attiéké lui confère une durée de conservation relativement longue (jusqu’à deux semaines pour les grains durs), ce qui est crucial pour les ménages.
Pour consolider ces acquis, la Côte d’Ivoire mise désormais sur la modernisation de la filière. Le gouvernement encourage les investissements pour porter la transformation locale du manioc à des niveaux industriels tout en respectant le cahier des charges du label. L’objectif est d’allier le savoir-faire artisanal (utilisation d’écuelles en bois, couscoussières en terre) aux exigences de productivité modernes.
En inscrivant l’attiéké dans cette dynamique de labellisation, la Côte d’Ivoire ne protège pas seulement une recette ; elle préserve un symbole identitaire et assure l’avenir alimentaire de millions de citoyens. Le « couscous ivoirien » n’est plus seulement un plat national, c’est désormais une marque mondiale, fière et protégée.
Alpha BARRO






