L’avenir de la Terre au Sahel : quand les communautés reprennent le pouvoir

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Face au changement climatique et aux tensions croissantes, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad explorent de nouvelles voies pour sécuriser leurs terres rurales. Entre réformes ambitieuses et traditions ancestrales, découvrez comment la gestion locale devient le rempart ultime contre l’insécurité foncière.

Selon une étude datée de décembre 2025, publiée par « Inter-Réseaux », intitulé « La sécurisation foncière rurale et la gestion locale des ressources naturelles au Burkina Faso, au Mali et au Tchad », dans la bande sahélienne, la terre est bien plus qu’une ressource : c’est le cœur de la survie. Pourtant, sous la pression combinée du changement climatique, de la croissance démographique et de la dégradation de l’environnement, la compétition pour l’accès aux ressources s’intensifie, déclenchant parfois des conflits violents entre agriculteurs et éleveurs.

Parallèlement, l’érosion des mécanismes traditionnels a laissé un vide réglementaire, souvent exploité par des élites urbaines pour s’approprier les terres. Face à ce défi, une solution émerge : les conventions locales.

L’analyse comparative des sources révèle des approches contrastées selon les contextes nationaux. La révolution juridique au Burkina Faso. Le pays a opéré une véritable rupture avec le monopole étatique en adoptant la loi sur le Régime foncier rural en 2009. Il reconnaît désormais explicitement les « chartes foncières locales », des outils qui donnent une base légale aux coutumes pour prévenir les litiges. Le Mali mise sur la force de la légitimité. La réforme a été portée dès 2004 par une forte mobilisation des organisations paysannes. Si les conventions locales ne sont pas formellement inscrites dans la loi comme au Burkina Faso, elles tirent une immense force de leur ancrage dans les institutions traditionnelles et de la décentralisation. Le défi de la modernisation au Tchad s’appuie encore sur une législation de 1967, héritée de l’époque coloniale, qui considère souvent les terres non immatriculées comme « vacantes et sans maître ». Malgré ce cadre rigide, un débat essentiel est en cours pour introduire la protection des droits coutumiers dans les réformes futures.

Pour que ces initiatives locales fonctionnent, les experts identifient trois conditions préalables indispensables : sortir du déni des pratiques ancestrales pour les intégrer dans le cadre légal moderne, favoriser un transfert réel de pouvoirs et de ressources financières aux collectivités locales et enfin, impliquer les autorités de l’État, les chefs de terre et les femmes et les jeunes dans les processus de gestion.

Le succès de ces outils repose sur un équilibre délicat. Au Burkina Faso, on a choisi la légalité par la loi. Au Mali, c’est la légitimité sociale qui prime, les populations respectant des accords négociés volontairement.

Selon l’étude, la tendance globale est de transformer les conventions, nées de la concertation locale, en véritables outils juridiques reconnus par l’État. C’est à ce prix que la paix foncière et la préservation des ressources naturelles pourront être garanties durablement au Sahel.

Lire aussi: Climat : la planète Terre franchit un seuil critique, l’OMM place l’humanité en « alerte rouge » https://www.agrodev.info/climat-la-planete-terre-franchit-un-seuil-critique-lomm-place-lhumanite-en-alerte-rouge/

Alfred K. BARRO

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